30 ans Convention des droits de l'enfant - 50 ans Office éducatif itinérant



Editorial, par Alba Reina Duran, 4 janvier 2018

cannabisEn février 2017, les gros titres annonçant la vente de cannabis représentent en réalité un faux buzz. Rien de neuf, en fait, puisque depuis 1951 la Loi fédérale sur les stupéfiants autorise la consommation en quantités minimes de stupéfiants ayant des effets de type cannabique aux plus de 18 ans. Toutefois ce qui est d’actualité c’est cette tension entre «illégal», «légal» et «autorisé», qui soulève maintes interrogations pour les droits de l’enfant. Avec une teneur en THC à 0.9% le chanvre est légal, tandis qu’à 1.1 % le produit se situe dans l’illégal. Il n’est dès lors plus étonnant de voir des annonces «cannabis en vente» sur les devantures des kiosques ou des boutiques à Sierre ou Genève. Et cette commercialisation affichée vient alimenter la tension existante.

Si l’âge d’achat du tabac est fixé à 18 ans, il en est de même pour le cannabidiol. Ce «plaisir sans la défonce» comme certains le nomment ne vaudrait toutefois pas la vraie «beu» que l’on trouve au coin de la rue avec une teneur en THC plus conséquente. A vingt francs le paquet, il manquerait de l’aspect attractif du cannabis disponible sur le marché noir pour un prix moindre. De plus, selon le Dr. Stephan, pédopsychiatre aux CHUV, à l’adolescence l’individu vit entre manque de confiance en soi et volonté de s’ériger en maître de soi, ce qui le pousserait à rechercher des sensations fortes, et parfois à avoir des comportements à risques. Or, du point de vue neurologique, les 18-25 ans appartiendraient toujours à ce même stade de vie.

En outre, les expertises pour déterminer la quantité de THC sont onéreuses, ce qui complique les interventions de la police sur le terrain. Ainsi, selon le Dr. Stephan, c’est la distance entre autorisation et interdiction qui remet en question l’autorité. Pour les mineurs, la prise en charge thérapeutique est favorisée selon les principes de justice juvénile éducative. Pour les plus de 18 ans, c’est l’amende. Comment expliquer cette différence de traitement des «adolescents» selon leur majorité légale? Reflèterait-elle une sorte de paternalisme sélectif?

Selon la juge au Tribunal des mineurs du canton de Fribourg, Mme Sandrine Boillat Zaugg, il est risqué de réduire la consommation de cannabis légal à des rentrées fiscales. De cette façon, on n’aura pas résolu le problème. Un réel malaise règne autour de la souffrance et de la détresse psychologique de certains usagers et le débat sur les raisons de la consommation est éludé.

Tandis que la décriminalisation de la drogue est soutenue par la Global Commission on Drug Policy, l’objectif énoncé dans son rapport de 2016 est la régulation du marché des stupéfiants, en commençant par le cannabis. Au Portugal, un programme effectif a démontré que cette méthode ne pousse pas les gens à se droguer plus tôt, ce qui est la crainte principale. Pendant ce temps, des fumeurs se sont portés volontaires pour participer au projet pilote initié par l’Office fédéral de la santé publique. Ils affirment fumer par plaisir et pour des raisons thérapeutiques.

Contrairement à cet argumentaire, l’alcool qui est une cause de mortalité plus conséquente que le cannabis est permis à partir de 16 ans. Nous pouvons ainsi nous questionner: existe-t-il dans notre société un effet «deux poids, deux mesures», lorsqu’il s’agit des droits des enfants en matière de consommation de produits psychotropes? Les droits de l’enfant doivent-ils exclure les adolescents? Protéger les enfants, est-ce oublier les jeunes de 18 à 25 ans qui seraient moins à risque que les 12-17 ans?

Plus d'informations sur l'Association Fonds Veillard-Cybulski.

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