Editorial, par Clara Balestra, 27 janvier 2016*

jean michel bonvin ssoLe terme de pauvreté peut relever de trois significations.

Pauvreté matérielle : Dans les pays industrialisés, on ne parle pas de pauvreté absolue mais de pauvreté relative (1). Cette pauvreté a des impacts sur plusieurs sphères de la vie : l’accès aux soins de santé, au logement, aux loisirs, à la formation et aux structures de garde.

Pour pouvoir comprendre son impact en termes d’accès aux prestations, la pauvreté matérielle ne doit pas être considérée en soi, mais être mise en relation avec le cadre institutionnel et les politiques sociales dans lesquels elle s’inscrit. Si un Etat choisit de faciliter l’accès à la santé, l’effet de la pauvreté relative dans ce domaine sera atténué. Il existe une corrélation importante entre le taux de pauvreté relative des enfants et l’ampleur des politiques sociales de redistribution. Moins les politiques sociales seront redistributives plus il y aura un risque d’hérédité de la pauvreté.

Pauvreté d’opportunités : Il subsiste un lien très fort entre l’origine sociale des personnes et les opportunités qui leur sont ouvertes. L’école, qui était censée égaliser les chances, n’y est pas parvenue de manière adéquate.

Selon les théories de l’investissement social, cela s’explique par le fait que l’école intervient trop tard. Un ensemble d’éléments discriminatoires se mettent en place avant l’école et cette dernière n’arrive pas à redresser la barre. Trois éléments sont décisifs : Inégalités de revenu; Investissement des parents dans le temps éducatif (2); Effet culture (3).
Selon ces mêmes théories, un emploi (effet positif sur l’inégalité des revenus) et des structures de garde de qualité (effet positif sur l’investissement parental et l’effet culture) permettent de neutraliser les trois éléments discriminatoires susmentionnés et donc d’égaliser l’accès aux opportunités offertes aux enfants.

Pauvreté démocratique, qui fait référence aux droits de participation des enfants pauvres. Trois questions pour l’expliciter : Quels sont actuellement les droits de participation des enfants pauvres dans les espaces de parole qui ont été créé pour les jeunes (ex. parlements des jeunes) / Quelle est la place pour les essais et les erreurs pour les enfants dans la précarité - si on échoue à l’école obligatoire on est amené à faire un choix très rapidement pour trouver un apprentissage / Comment peut-on arriver à créer des politiques publiques qui prennent en compte les thématiques des jeunes les plus défavorisés si on ne se laisse pas informer par eux ?

Si le contexte institutionnel, les politiques qui sont mises en place ne sont pas adéquats, il y a un risque important de cumul des trois types de pauvreté. Le défi qui se pose par rapport à la question de la pauvreté des enfants dans un pays riche est de trouver le moyen de casser ce cercle vicieux, ou de le casser encore plus.

* Aperçu de l’intervention à la Soirée Sarah Oberson 2015 de Jean-Michel Bonvin, Institut de Socioéconomie, Université de Genève. Ecouter l’audio de cette intervention.

(1) Se trouver en-dessous du 50% du revenu moyen annuel d’une société
(2) Les statistiques montrent clairement que les parents des classes aisées peuvent investir plus de temps dans l’éducation de leurs enfants (différentiel de 20%).
(3) Dans les classes plus favorisées, un environnement culturel plus incitatif au développement de l’enfant débouche sur un accroissement des opportunités

Lire la version complète sur le blog de la Fondation Sarah Oberson.

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