Editorial, par Andressa Curry-Messer, 20 janvier 2016

prisonLors d’un emprisonnement, l’une des plus douloureuses privations pour le détenu est souvent la séparation familiale. Aux premiers temps de l’incarcération, lorsque l’enquête est en cours, le juge peut interdire tout contact du prévenu avec le monde extérieur. Cette mesure crée une tension palpable chez beaucoup de prisonniers, à plus forte raison lorsque ceux-ci sont parents.

Au fur et à mesure que la justice fait son travail, les visites sont généralement à nouveau rendues possibles. Pourtant, il n’est pas rare que des détenus hésitent à rencontrer leurs enfants à l’intérieur des murs d’une prison. « Certains ne veulent pas que leurs enfants sachent qu’ils sont en prison, alors que d’autres sont partisans d’une explication honnête de ce qu’ils traversent », explique Olivier Messer, aumônier de prison. Et puis, il y a l’environnement. La prison est un univers à part entière, avec un cadre sécuritaire visible, comme des barbelés ou de grands murs. Cela peut être effrayant pour un enfant. Autant de raisons donc pour pousser certains détenus à refuser la visite des plus jeunes, préférant attendre de se trouver dans une prison au régime et à la structure moins stricte ou patienter jusqu’aux premiers congés, toujours selon l’aumônier.

Et il n’est pas le seul à relever cette réalité. Des associations* ont bien compris la tension qui naît là : d’une part, la famille est souvent celle qui porte le prisonnier et lui donne une raison de ne pas baisser les bras face à l’épreuve qu’il traverse. D’autre part, les locaux carcéraux ne sont pas prévus pour accueillir des enfants. D’où la belle idée d’encadrer ces rencontres, en adoucissant les lieux - par exemple une salle polyvalente de l’établissement ou un parloir - grâce à des décorations, des jeux et un accompagnement adéquat. Ces rencontres sont une offre supplémentaire faites aux détenus et n’entament ainsi guère le nombre de visites auxquelles ils ont légalement droit.

Existe encore la possibilité d’un accueil hors les murs, aux alentours de la prison, pour les proches des personnes incarcérées. Lieu d’information, d’échange, d’écoute, il est une sorte de sas entre extérieur et intérieur. Là encore, l’idée est d’adoucir le contact avec le monde souvent craint de l’enfermement. Ce n’est pas banal de pénétrer dans les murs d’un établissement pénitentiaire, aussi respectable soit-il.

Au cœur des difficultés familiales et peut-être à plus forte raison lors d’une séparation forcée par un emprisonnement, l’essentiel est toujours de garder un lien, aussi ténu soit-il. C’est bien de cela qu’il s’agit : privilégier la survie de la relation parents-enfants, même lorsque l’adulte a commis un acte préjudiciant celle-ci. C’est donner, au creux de vies parfois sombres, du moins bouleversées, une place privilégiée à la vie, à l’amour et à l’espérance.

*A l'instar de la Fondation REPR. Un colloque « Parentalité et détention » aura lieu à l'Université de Lausanne le 9 février 2016. La directrice de l'IDE Mme Paola Riva Gapany y participera lors d'une table ronde.

Photo : Kate Ter Haar, flickr/CC

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