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Editorial, par Daniel Stoecklin, 13 janvier 2016

parisL’année 2015 s’est terminée aussi brutalement qu’elle a commencé, avec les attentats de Paris de janvier et de novembre. A l’heure où toutes les démocraties sont menacées par un terrorisme incluant une dimension « endogène », il est plus que jamais nécessaire de se replonger dans la signification des valeurs desquelles elles se réclament.

Paris est une ville meurtrie, mais l’humanité entière est blessée. Pourquoi est-ce ainsi ? Disons-nous cela seulement parce que Paris est plus proche de nous ? Réagissons-nous simplement de manière ethnocentrique ou égocentrique ? Il y a assurément quelque chose de plus profond : ce sont les droits humains qui sont visés. Car Paris est aussi le symbole de la Révolution française et des droits humains qui ont essaimé à partir des trois valeurs affichées de la République française : liberté, égalité, fraternité.

Or ces valeurs ne sont pas des monolithes. Ce sont des piliers d’une élévation de l’humanité vers une potentialité universelle. Une manière de comprendre ce qui en fait l’universalité, et ainsi ne pas rester emprisonnés dans des particularismes, consiste à réfléchir aux rapports entre ces valeurs :

Sans la liberté, il ne peut y avoir d’égalité ni de fraternité.
Sans l’égalité, la fraternité et la liberté n’existent pas.
Sans la fraternité, la liberté et l’égalité sont des salades.

Chacune de ces valeurs étant constitutive des deux autres, aucune n’existe pour elle-même. Et, contribuant ainsi à d’autres valeurs qui la conditionnent, chacune est à la fois cause et conséquence des autres. Liberté, égalité et fraternité ne sont donc pas des statues à vénérer, mais trois facettes indissociables d’une seule et même chose. Et cette chose est la dignité : liberté, égalité et fraternité sont un chemin vers la dignité.

Si on relie la dignité à des particularismes, on entre dans la logique terroriste... Il s’agit donc de relier la dignité à des valeurs plus générales, telles que la liberté, l’égalité et la fraternité. La dignité, qui est au centre de toutes les déclarations des droits humains, n’est justement jamais définie par des particularités.

Les tragiques événements nous obligent à nous poser la question de notre propre responsabilité dans la sauvegarde et la promotion de la dignité. Il s’agit de comprendre que le non-respect de la liberté, de l’égalité et de la fraternité – que ce soit par mépris, négligence ou attaque – est une violation des droits humains. L’agression est souvent fruit du mépris, et la négligence fruit de la suffisance et de l’égoïsme.

Le temps des remises en question est là, et avec lui l’occasion de réaffirmer les valeurs démocratiques et surtout de leur redonner consistance : que faire pour sortir du communautarisme et impulser un mouvement vers l’universalisme ? Comment redonner, sauvegarder et promouvoir la dignité humaine ?

Mesdames et Messieurs les parlementaires, quelles sont, au-delà des mesures sécuritaires, vos bonnes résolutions pour 2016 ?

Photo: Yann Caradec, flickr/creative commons

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