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Editorial, par Baba Lyssa Ndiaye, éducateur spécialisé à Kédougou (Sénégal), 2 décembre 2015

orpaillage kedougou senegalSituée dans la partie sud-est du Sénégal, la région de Kédougou est, de nos jours, confrontée à de sérieuses menaces liées à la ruée vers l’or. Pratiqué depuis des temps immémoriaux, l’orpaillage suscite aujourd’hui la convoitise de milliers de personnes venues d’horizons divers, à la quête de cette source de fortune.

Cependant, l'attrait que suscite ce métal précieux est souvent source de conséquences désastreuses tant pour l’environnement que pour les populations et particulièrement les enfants. Ces derniers sont confrontés aux pires formes de travail dans les sites d’orpaillage communément appelés « Diouras », dans le contexte local. Ils sont victimes d’éboulements ou de glissements de terrain au niveau des puits aurifères où ils laissent parfois leur vie. Ainsi, on enregistre souvent des cas de décès d’enfants dans ces lieux où règnent délinquance et insécurité.

Aussi, dans la localité de Saraya par exemple, les communautés semblent ne pas percevoir les risques liés au travail des enfants dans les sites d’orpaillage. Bouleversées par l’extrême pauvreté qui sévit dans le milieu, elles sont obnubilées par la recherche du métal précieux pour subvenir aux besoins familiaux. Les enfants sont ainsi impliqués dans cette forme d’exploitation traditionnelle avec tous les risques que cela comporte. Dans les Diouras, les enfants sont exposés aux risques d’éboulement dans les trous, à la poussière et à la manipulation de produits dangereux tels que le mercure et le cyanure. Sur le plan éducatif, l’exploitation de l’or est la source d’une forte déperdition scolaire. Les enfants ne vont à l’école que provisoirement et leur rêve le plus ardent est de trouver un jour une quantité importante d’or et devenir riche, et ils sont souvent appuyés par les parents dans ce sens.

Quant au projet d’avenir, certains enfants rêvent de poursuivre leurs études pour devenir enseignants, sage- femmes ou encore employés dans une société minière. Cependant, les risques qui pèsent sur eux sont multiples; on peut citer les mariages et grossesses précoces pour les filles et l’orpaillage pour les garçons. Peu d’options existent dans le milieu du fait de son enclavement et des rares ressources présentes pour les enfants.

Cette situation peu reluisante hypothèque le bien-être des enfants. A cela s’ajoutent l’ignorance des droits de l’enfant, la traite d’enfants venant des pays limitrophes tels que le Mali et la Guinée et la prostitution infantile. Liée à la pauvreté et à l'ignorance mais aussi à des croyances mystiques développées par certains orpailleurs qui pensent qu'il faut être souillé pour trouver facilement de l'or, elle frappe majoritairement des filles mineures en situation de traite*. 

*Au courant de l'année 2015, nous avons accueilli dans nos services (AEMO - Action éducative en milieu ouvert) 5 filles victimes de cette prostitution infantile (une Malienne, 2 Nigérianes, une Guinéenne et une Sénégalaise). Elles sont souvent accompagnées de personnes adultes qui les incitent à la prostitution pour gagner de l'argent dans les sites d'orpaillage.

NB : L'éditorial ne reflète pas nécessairement les vues de la direction et de l'équipe IDE.

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