Editorial, par Emmanuelle Hazan, 11 novembre 2015

culture jeunesRegarder des films, voir des histoires fortes racontées en images, entrer dans ces histoires puis en parler, sans être jugé. Enoncer des idées et les échanger. Mettre en mouvement son imagination, laisser sa pensée se construire sur ces supports culturels qui nourrissent sans contraindre. Etre exposé, à travers ces films, à des histoires où il est question de sa place dans le monde, de la perte, du changement mais aussi de la résilience. Des histoires qui parlent de situations de vie extrêmes mais aussi des moyens de les affronter.

Tel est le cœur du projet Projections et Paroles (P&P) conçu par l’Association Risques pour des jeunes en difficulté, placés en foyer ou en milieu carcéral. Depuis 2012, ce projet propose à différentes structures spécialisées du canton de Genève des projections de films, documentaires comme fictions, qui apportent un regard sur des expériences de vie complexes. Précédées d’une brève présentation contextuelle, les projections sont suivies d’un espace de discussion, clé de voûte du projet.

P&P s’inspire de la notion de nourrissage culturel définie par le psychopédagogue français Serge Boimare : en exposant les jeunes à des objets culturels forts et exigeants, dont les thèmes font écho à leur vie, en leur proposant un espace d’expression libre, on favorise l’exercice de compréhension, d’écoute et de décentrement. Cette approche permet de renforcer les capacités d’élaboration de la pensée des jeunes bloqués dans un comportement qui les empêche d’apprendre, de réfléchir et d’avancer. C’est le développement d’une pensée construite et autonome qui est en jeu.

Quoi de plus immatériel que l’apport de la culture ? L’expérience menée depuis trois ans avec le projet P&P montre pourtant à quel point cette pratique est nécessaire dans les institutions pour des jeunes fragilisés. Notamment parce que la culture n’a pas de place assignée dans ces environnements. En milieu carcéral pour mineurs, par exemple, les retours positifs des enseignants ont été particulièrement forts et ont permis de valider la pertinence de cette médiation culturelle. Les jeunes ont soif de comprendre la complexité du monde qui les entoure. Si le projet s’inscrit dans un temps assez long, avec une fréquence bien définie, les jeunes parviennent à investir l’espace de parole offert et les discussions deviennent plus fécondes. Les références culturelles s’enrichissent, les opinions se construisent et gagnent en subtilité. Le cadre proposé et ses règles sont petit-à-petit intégrés, respectés et le lien de confiance avec les animateurs du projet permet aux jeunes de devenir acteur de leur pensée et de la faire coïncider avec leur parole.

Qui n’a pas eu une rencontre fulgurante avec un livre, un film, un tableau, une musique qui a ouvert une porte, une brèche dans sa perception du monde et qui lui a permis d’exister un peu plus, un peu mieux et de mettre des mots et des images sur les émotions qui traversent nos vies? C’est ce que le projet P&P souhaite continuer à apporter auprès de jeunes qui ne sont pas acquis à cette pratique et qui en ont cruellement besoin.

Rendez-vous

Les résultats du projet seront présentés mercredi 25 novembre à 18h30 à Saint-Gervais Genève Le Théâtre, en présence du psychopédagogue Serge Boimare.

Télécharger le pdfFlyer de la rencontre

Site Internet de l'Association Risques: www.arisques.ch

NB: L'éditorial ne reflète pas nécessairement les vues de la Direction et de l'équipe IDE.

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