Editorial, par Andressa Curry-Messer, 28 octobre 2015

travail enfant bolivieSouvent, on parle des enfants travailleurs comme de pauvres victimes exploitées. S’il est vrai que parmi les 168 millions d’enfants qui travaillent dans le monde aujourd’hui, il y en a beaucoup qui, extrêmement jeunes comme moins jeunes, travaillent de longues heures et dans les pires formes d’activités, il y a aussi ceux qui travaillent de manière consciente, qui sont fiers de pouvoir aider leurs familles et d’avoir un peu de revenu pour eux-mêmes. Et ceux qui partagent avec des organismes internationaux comme l’Unicef et l’OIT le souci de combattre et de prévenir le commerce sexuel, la traite des enfants dans les conflits armés et le trafic de drogue ainsi que l’exploitation des enfants par le travail dans la sphère domestique.

De cette conscience, d’une forte volonté de se protéger et de se faire respecter, sont nées plusieurs organisations d’enfants et d’adolescents travailleurs pour lutter pour le droit au travail avec des garanties légales de protection face aux abus et à l’exploitation. Ils sont des milliers et se trouvent, notamment, dans plusieurs pays de l’Amérique latine comme la Bolivie, le Pérou, la Venezuela, le Paraguay, l’Equateur, le Guatemala et la Colombie.

Depuis les années 1990, des enfants travailleurs de 6 à 18 ans d’Amérique latine s’organisent de manière autonome, élisent leurs dirigeants et effectuent des propositions politiques et législatives dans leurs pays. Ils sont reconnus par des nomenclatures telles que Manthoc (Mouvement des adolescents et enfants travailleurs, descendants d’ouvriers chrétiens), Unatsbo (Union des enfants et jeunes travailleurs de Bolivie), Nats (Mouvements sociaux d’enfants et adolescents travailleurs), Corenats (Coordination régionale d’enfants et adolescents travailleurs), etc.

C’est ainsi que sous la pression de leurs organisations, des législations locales et nationales ont été modifiées selon leurs revendications. En Bolivie, par exemple, ils ont réussi à changer une phrase du projet de l’actuelle Constitution qui interdisait le travail infantile par l'interdiction uniquement du travail forcé et de l'exploitation des enfants. Récemment, en Bolivie toujours, avec la mobilisation de l’Unatsbo, le nouveau Code de l’enfance et de l’adolescence de juillet 2014 a autorisé le travail des enfants de 10 à 14 ans à leur compte et de 12 à 14 ans pour une tierce personne, à condition que l’activité ne nuise pas à leur droit à l’éducation et qu’elle ne soit pas dangereuse. Il faut signaler que cette loi va à l’encontre de la Convention n. 138 de l’OIT sur l’âge minimum d’admission à l’emploi, ratifiée par la Bolivie, et que celle-ci est désormais mise à l'index de la communauté internationale sur cette question.

Mais au-delà de la controverse législative et de la complexité de la question, personne ne peut nier leur capacité et leur compétence à s’organiser, participer et faire valoir leur voix. Qui pourra nier leurs efforts en tant qu’acteurs socio-économiques dans une société si inégalitaire ? Qui pourra nier leur besoin d’être reconnus comme des citoyens capables de donner leur avis, de décider et influencer ceux qui souvent essayent de les oublier ou de les effacer de la réalité ?

Photo : Alberto, Shoe-Shine Boy, Bolivia, Flickr/Creative Commons

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