Editorial, par Aline Hammerli, 21 octobre 2015

plante cassee enfantQue penser de la création d’un centre genevois pluridisciplinaire d’accueil, d'évaluation et de prise en charge d’enfants victimes d’agressions sexuelles et de maltraitance ? Un lieu neutre et unique, ne représentant ni la police, ni l’hôpital, ni les instances sociales. Plus qu’un besoin, est-ce une nécessité ? C’est en découvrant de telles structures à l’étranger que je me suis intéressée à ce qui pourrait être mis en place à Genève. A Montréal, au Canada, se trouve le centre d’expertise Marie-Vincent, crée en 1975. L’objectif principal de ce centre est de rassembler en un seul lieu tous les services dont les enfants victimes d’agression sexuelle et leurs parents ou leurs proches peuvent avoir besoin.

Je suis inspectrice de police judiciaire depuis 1999. Au cours de ma carrière, je me suis spécialisée dans l’audition des enfants victimes d’abus sexuels et j’ai étudié la psychologie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université de Montréal. Dans mon travail, à la brigade des mœurs notamment, j’ai rencontré beaucoup de familles dans la détresse, suite aux révélations faites par leur enfant. Quand il n’y a pas de lieu unique pour accueillir les victimes, il faut comprendre qu’il est compliqué pour un parent ou un proche, qui vit dans l’angoisse et la détresse causées par les révélations de l’enfant, d’entreprendre par lui-même, voire de connaître, toutes les démarches nécessaires.

A Genève, il existe une certaine collaboration entre les services, mais elle n’est pas formellement établie. En raison du secret médical, du secret de fonction et du secret professionnel, toutes les informations ne peuvent pas être transmises, alors que cela paraît évident qu’il faut œuvrer tous ensemble, dans l’intérêt suprême de l’enfant.

Une agression sexuelle fait vivre un traumatisme qui peut resurgir à tout moment, notamment lors de la fréquentation d’un même lieu, ou d’endroits en lien avec l’agression. En regroupant, les services policiers, médicaux, psychosociaux et sociojudiciaires, nous pourrions offrir un accueil spécifique et approprié à chaque victime. Les parents, comme les enfants, nécessitent une attention spéciale, durant une période estimée par les spécialistes, afin que le traumatisme dure le moins longtemps possible. Aider les parents, c’est aussi protéger l’enfant, car tout passe par eux, transmettant leurs peurs et leurs angoisses à leur progéniture.

Il est donc essentiel que les trois mondes, médicaux, juridiques et sociaux puissent travailler ensemble et sachent collaborer de manière complémentaire. L’enfant a le droit à la parole, il doit pouvoir s’exprimer, on doit pouvoir l’aider et justice doit se faire. Plus qu’un droit, il s’agit d’un devoir. A l’heure actuelle, la question de l’élaboration d’un tel centre reste sensible et à débattre.

Dans le cadre du Certificat d’études avancées « La parole de l’enfant en justice », Madame Hammerli a réalisé un travail d’évaluation final intitulé « Quelle est la place à Genève pour un centre d'accueil et d’intervention pluridisciplinaire consacré aux enfants victimes d’abus sexuels et de maltraitance ? » (février 2015, dir. Julie André et Jean Zermatten)

Image : D Sharon Pruitt, Flickr/Creative Commons

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