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Editorial, par Marie-Thérèse Maruri et Chloé Mollard, 30 septembre 2015

albino childLa situation des enfants atteints d’albinisme est alarmante dans certaines régions d’Afrique. Leurs droits fondamentaux sont violés. Ils sont marginalisés et persécutés à cause de leurs différences physiques et risquent leur vie au prix de croyances et de pratiques superstitieuses. Depuis que les médias relatent cette terrible réalité, diverses ONG et organismes internationaux militent pour que cessent immédiatement les violences dont sont victimes ces enfants. Le Conseil des droits de l’homme a créé un poste d’expert indépendant dont le titulaire aura pour mandat d’établir un état des lieux détaillé de la situation afin d’y remédier au plus vite.

Le dictionnaire médical Manuila, 2014, définit l’albinisme comme : « l’absence totale congénitale et héréditaire de pigment mélanique dans la peau, le système pileux et les yeux (...). » Dans le monde, une personne sur 20’000 est atteinte d’albinisme. C’est en Afrique que le taux de cette maladie est le plus élevé. Ce phénomène pourrait s’expliquer par le nombre élevé d’alliances consanguines dans certaines communautés.

Depuis une dizaine d’années, une véritable chasse aux personnes atteintes d’albinisme s’est ouverte dans certains pays d’Afrique de l’Est. Les « albinos » sont considérés par la population locale comme des êtres « magiques » possédant certains pouvoirs, et dont les parties du corps portant bonheur, sont synonymes de gloire et de prospérité financière. Une véritable vague de criminalité rituelle s’est alors répandue, afin de récolter leurs organes pour la confection d’amulettes par des sorciers. Face à l’extrême pauvreté qui règne dans ces pays et sachant que le prix d’un corps entier peut atteindre 75'000 dollars, force est de constater que cela attise les envies de meurtre.

Les assaillants n’hésitent pas à s’en prendre prioritairement aux enfants, qui sont des proies plus faciles et vulnérables. Ils n’éprouvent aucun scrupule à déployer une extrême violence à l’égard de leurs victimes : démembrées devant leur famille, elles meurent dans une longue et douloureuse agonie. De nombreux enfants survivants et/ou témoins souffrent de traumatismes qui peuvent engendrer de graves répercussions sur leur développement.

Des centres ont été créés par certains gouvernements africains pour recueillir ces enfants et les protéger. Mais ceux-ci peuvent être perçus comme engendrant une forme de violence supplémentaire. En effet, les enfants sont alors séparés de leur famille et de leur lieu de vie habituel, parfois de manière abrupte; ils se retrouvent entre eux, mis à l’écart de la population locale. Il faut donc se demander si cette forme d’aide n’accentue pas leur isolement et la stigmatisation.

L’enfant atteint d’albinisme semble bel et bien se situer au croisement de diverses formes de violences.

Si les interventions des organismes internationaux sont louables, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour faire reconnaître la dignité humaine; car il est certain que la sensibilisation à ce phénomène d’albinisme manque cruellement, ce qui explique aussi le peu de littérature scientifique traitant du sujet.

Cet éditorial a été rédigé sur la base d'un travail réalisé dans le cadre du Master interdisciplinaire en droits de l'enfant (MIDE). Consulter pdfl'article complet et les références bibliographiques.

NB : L'éditorial ne reflète pas nécessairement les vues de la direction et de l'équipe IDE.

Photo : Alex Wynter/FICR, 2009, Albinos au Burundi - chassés pour des parties de leur corps, Flickr / Creative Commons

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