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Editorial, par Clara Balestra, 19 août 2015

enfant labyrintheSelon Georg Simmel, « Si l’assistance devait se fonder sur les intérêts du pauvre, il n’y aurait, en principe, aucune limite possible quant à la transmission de la propriété en faveur du pauvre, une transmission qui conduirait à l’égalité de tous ».

Phrase choc qui, tout en étant vraie dans l’absolu, est irréalisable pour autant. Toutefois, elle fait réfléchir sur les intérêts défendus par les mesures prises pour combattre la pauvreté.

Si les programmes de lutte contre la pauvreté recherchent à atténuer les effets négatifs du système politique et économique sur les plus vulnérables ; et si ces derniers sont principalement des enfants, comme c’est le cas en Suisse, n’est-ce pas la longévité du système lui-même qu’on veut garantir avec ces mesures ? Car, comme le dit Pierre Maudet, Président de la Commission fédérale de l’Enfance et de la Jeunesse (CFEJ), la pauvreté des enfants et des jeunes est une bombe à retardement.

La première recommandation émise par la CFEJ en 2007 est la volonté de « briser le tabou » : « Reconnaître l’existence de la pauvreté des enfants et des jeunes, c’est admettre que cette question n’est pas purement conjoncturelle et économique, mais qu’il s’agit d’un problème de société qui dépasse le cadre individuel et auquel il est urgent d’apporter les réponses structurelles adéquates. »

A titre d’exemple, en Suisse, le divorce rime fréquemment avec paupérisation. Lors de la naissance d’enfants, la femme arrête souvent de travailler et/ou diminue son temps de travail. Cette décision est dictée, outre des aspects culturels, par le fait que « le modèle du couple à salaire unique reste plus avantageux » économiquement (fiscalité, offres de conditions de conciliation entre la vie professionnelle et familiale, ...). Ainsi, «...l’homme ne diminue pas ses revenus, au contraire la femme les réduit de CHF 1’005.- par mois (moyenne suisse)...» Lors du divorce, la femme se retrouve avec des revenus diminués et des difficultés à réintégrer le monde du travail.

Pour anticiper cette situation - loin d’être exceptionnelle, n’y aurait-il pas des changements à entreprendre dans le marché du travail, dans la fiscalité, mais aussi dans le modèle de famille qu’on véhicule dans les politiques économiques et sociales ?
Ce même raisonnement peut aussi s’appliquer aux changements récents du marché du travail, où, notamment, un emploi permanent devient inhabituel, mettant ainsi en péril la sécurité économique de la famille.

Il ne s’agit pas de révolutionner le système, mais de l’adapter aux nouvelles réalités.
Tout en soulignant l’importance des mesures préconisées dans le Programme national (2014-2018), j’avance la possibilité d’une meilleure connaissance des nouvelles réalités qui influencent les risques de pauvreté et une conséquente intégration (mainstreaming) de la problématique de la pauvreté des enfants dans toutes les décisions politiques, économiques et sociales.

Image d'illustration : Jean-Pierre Dalbéra, L'enfant dans le labyrinthe (la FIAC 2011 au jardin des Tuileries), Flickr/creative commons

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