30 ans Convention des droits de l'enfant - 50 ans Office éducatif itinérant



Editorial, par Daniel Stoecklin, 11 août 2015

enfant internet grandLa Convention des droits de l’enfant (CDE) date d’avant le Web 1.0 (information diffusée sans interactivité), elle a traversé le Web 2.0 (interactivité), et entre maintenant dans l’ère du Web 3.0 (Web sémantique triant l’information pour l’utilisateur en fonction de ses intérêts, relations, position, etc.). Elle a toujours un temps de retard sur l’âge numérique dans lequel nous vivons. Elle est cependant «amendée» avec des protocoles facultatifs et des recommandations générales. Ces dernières sont nourries par des journées générales de discussion et celle de septembre 2014 a justement été consacrée aux droits de l’enfant en relation avec les médias digitaux.

Le rapport qui en est issu met surtout l’accent sur la protection nécessaire des enfants et sur la nécessité de favoriser un accès à des informations adaptées aux enfants. On ne saurait nier les dangers en effet, comme le soulignait alors l’éditorial d'Audrey Parvex sur ce même site. Le constat de l’insouciance enfantine face aux dangers qui peuvent les guetter sur les réseaux et de la compétence souvent limitée des parents face à l’évolution des médias numériques justifie pleinement les recommandations du comité quant à la protection des enfants. La question de l’accessibilité sans discriminations ou barrières à une information adaptée aux enfants, notamment sur les droits de l’enfant, est également une préoccupation. Il apparaît cependant que dans ces considérations la participation des enfants à la diffusion de l’information reste encore le parent pauvre.

Une mention du rôle actif et positif que les enfants peuvent avoir dans le monde numérique a été faite par Prof. Amanda Third, de l’Institute for Culture and Society, University of Western Sydney, qui a exposé le projet de recherche «Rights of the Child in the Digital Age», dont l’objectif est de permettre aux enfants de s’exprimer sur leurs droits dans le contexte des médias numériques, incluant les questions d’accès, de sécurité et de liberté d’expression. La recherche a impliqué 148 enfants de 16 pays, et montré que l’inaccès aux médias numériques est vécu avec un important sentiment d’exclusion. Les enfants utilisent Internet surtout pour se connecter entre eux, accéder à de l’information, à des jeux et pour l’expression ludique et créative. Ils sont en général conscients des dangers mais soulignent que les médias numériques contribuent à la jouissance de leurs droits. Et ils demandent qu’on leur fasse confiance dans leur utilisation d’internet.

Quand les enfants communiquent autant «avec leurs pouces qu’avec leurs langues»1, il est temps de se demander si on peut encore imaginer la diffusion de l’information sur les droits de l’enfant sans impliquer les enfants comme acteurs de cette information. Il est donc souhaitable que les adultes développent un dialogue avec les enfants en les considérant aussi comme experts du numérique et pas uniquement comme victimes potentielles.

1 Philip Veerman, The Ageing of the UN Convention on the Rights of the Child, in: International Journal of Children’s Rights, vol.18, no.4, 2010, 585-618.

Photo: Jean-Pierre Dalbéra, L'espace internet du musée de la Communication (Berlin), 2008. Flickr/creative commons

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