Editorial, par Andressa Curry-Messer, 29 juillet 2015

Depuis un certain temps, la société civile a pris l’initiative de mettre en place des projets de rencontre entre les enfants et les personnes âgées. Il s’agit de projets intergénérationnels où les relations entre des êtres d’âges très éloignés et qui ne se connaissent pas se tissent de manière progressive, ludique et constructive.

En plus d’un échange de solidarité et d’affection, la rencontre entre deux générations constitue une transmission de valeurs, de normes, de connaissances et de compétences. Bref, on constate un véritable échange social, pédagogique et affectif.

C’est ce qui a été observé et filmé par la cinéaste Evan Briggs à Seattle, aux Etats-Unis, où se trouve un Centre d'apprentissage intergénérationnel qui accueille plus de 400 adultes âgés et 125 nourrissons et jeunes enfants âgés de 0 à 5 ans. Cinq jours par semaine, les enfants ont la possibilité d'interagir avec les résidents par une variété d'activités telles que la musique, la danse, l'art, le déjeuner, la narration, etc.

Ces activités apportent des avantages réciproques pour les deux générations. D’une part, les enfants apprennent à connaître le processus naturel de vieillissement et comprennent que les adultes ont également besoin d’aide. Ils surmontent la peur des personnes âgées et acceptent leur handicap; ils reçoivent et donnent de l’attention et de l’amour inconditionnellement. D’autre part, les personnes âgées se sentent intellectuellement et physiquement stimulées par l’interaction durant les activités, leur estime de soi est renouvelée, elles deviennent plus joyeuses et dynamiques.

Tandis que les adultes âgés transmettent leur expérience, leur histoire de vie aux petits, ces derniers leur apportent leur énergie débordante. Parfois, les enfants n’ont pas eu l’occasion de connaître leurs grands-parents et les personnes âgées ne reçoivent plus la visite de leurs petits-enfants. De ce fait, leur interaction vient aussi combler une absence familiale à travers des échanges pleins de tendresse.

Dans l’extrait de ce film, « Present Perfect », qui sortira en été 2016, on observe la patience d’un petit garçon qui répète maintes fois son prénom à un monsieur avec des difficultés auditives, sans jamais s’énerver. Durant le tournage, selon sa réalisatrice, il y a eu aussi des moments difficiles et gênants entre les adultes et les enfants, comme par exemple le décès de l’un des résidents, évènement qu’elle n’a pas essayé de cacher afin de ne pas peindre une image rose et utopique de leur interaction. L’objectif est aussi de montrer leur capacité de comprendre et d’affronter ces situations ensemble.

Dans un monde obstiné par la jeunesse et qui veut oublier notre propre mortalité, ce projet et ce film nous rappellent qu’entre le passé et l’avenir il y a toujours un présent que toutes les générations peuvent partager de manière simple, respectueuse et joyeuse.

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