Editorial, par Daniel Stoecklin, 15 juillet 2015

bebe oreilles perceesEn Angleterre, une pétition demande l’instauration d’un âge minimum pour le perçage des oreilles des enfants. La pratique consistant à faire porter des boucles d’oreille à des jeunes enfants, qui plus est à des bébés, requiert évidemment une grande prudence. Mais faut-il pour autant l’interdire ?

En tout cas, le perçage des oreilles ne fait pas partie de la liste des atteintes à l’intégrité physique faite aux enfants figurant dans la résolution adoptée le 1er octobre 2013 par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Dans cette liste figurent la circoncision pour des motifs religieux, les mutilations génitales féminines, les interventions chirurgicales sur les enfants intersexués, les chirurgies esthétiques chez les mineurs ainsi que les tatouages et poses de piercings à des enfants. Contrairement au perçage des oreilles, ces interventions entraînent une modification corporelle permanente. Pourquoi alors y a-t-il autant de réactions face au perçage des lobes d’oreille ? C’est là peut-être le symptôme d’une surmédicalisation de la représentation sociale de l’enfance.

Parmi les modifications corporelles permanentes, la circoncision peut, dans certains cas, être légitimée médicalement comme étant dans l’intérêt supérieur du garçon en question. Cependant, les excisions et circoncisions sont très souvent imposées au nom d’une tradition, ou d’une religion qui n’ont pas pour principe premier l’intérêt supérieur des enfants. On n’ose cependant pas vraiment débattre des fondements culturels, alors on préfère se cacher derrière le voile médical... Peut-on cependant dire que percer le lobe d’oreille d’un enfant contrevient de la même manière à son intérêt supérieur ? On avance que l’enfant subirait un stress et une douleur inutiles. Or, les techniques actuelles de perçage des oreilles n’entraînent pas une grande douleur. Pas davantage qu’une piqûre pour un vaccin. Serait-ce donc que toute action entraînant une douleur similaire, et qui ne serait pas médicalement justifiée, devrait être proscrite ? La raison médicale serait-elle devenue l’ultima ratio de tout traitement des enfants qui n’ont pas encore les moyens d’effectuer par eux-mêmes des choix informés ?

On s’en remet de plus en plus au corps médical pour juger de ce qu’il est bon ou non de faire aux enfants sans leur consentement. Cette spécialisation est symptomatique d’une perte du dialogue intergénérationnel dans les sociétés occidentales. Son effet pervers est de médicaliser le discours sur l’enfance, et paradoxalement de renforcer la « résistance » traditionnaliste face aux « experts ». A tout mettre dans le même sac, les opposants aux boucles d’oreille pour enfants risquent bien de ne pas faire beaucoup avancer les droits de l’enfant.

Image d'illustration: Juanedc (Flickr/creative commons), Mile, Santa Rosa, La Pampa, Argentine, 2014

Vos commentaires sont les bienvenus : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.