Editorial, par Michel Meignant, 30 avril 2015

Arrêter la violence faite aux enfants pour sauver l'humanité ? Cette ambition peut sembler excessive. Mais tout converge aujourd'hui pour démontrer qu'en cessant de punir corporellement et psychiquement les enfants, il est possible de changer le destin de l'humanité.

Claudine Andrée en compagnie d'un BonoboCe qui il y a quelques années relevait d'une posture philosophique est aujourd'hui confirmé à plusieurs titres. La recherche neurologique et les dernières technologies d'exploration du cerveau nous montrent les effets directs de l'empathie sur le développement neurologique des enfants. Et les 30 années d'exemple de la Suède témoignent de l'impact sociétal positif d'un mode d'éducation bannissant toute forme de violence éducative.

Le tournage du film « L'Odyssée de l'Empathie » nous a permis d'explorer toutes les dimensions de la « violence éducative ordinaire » : cette forme de maltraitance d'apparence anodine (claques, fessées, humiliations... soi-disant pour le bien de l'enfant) qui crée le lit de très nombreuses souffrances chez l'enfant et l'adolescent, et qui apprend aux adultes qu'ils deviendront soit à être violents, soit à se soumettre à la violence. Impitoyable, le cycle de la violence est alors enclenché... jusqu'à frapper l'humanité toute entière.

Au cours de notre enquête, nous avons appris que les chasseurs cueilleurs ne battaient pas les enfants; et constaté le bien fondé de cette observation auprès des Bushmen de Namibie, peuple primitif descendant direct de nos ancêtres de la préhistoire.

Remontant encore plus loin dans l'histoire de l'humanité, nous avons retrouvé notre ancêtre commun, d'il y a 7 millions d'années, de qui sont issus gorilles, orangs-outangs, chimpanzés et humains. Parmi nos frères chimpanzés, les bonobos de Kinshasa, en République Démocratique du Congo, se distinguent par leur gentillesse, du fait qu'ils ont bénéficié au sud du fleuve Congo d'une nourriture abondante et d'un environnement sécurisé.

Plus proche de nous, Catherine Gueguen nous apporte avec son livre « Pour une enfance heureuse » les preuves scientifiques des méfaits de la violence éducative. Un enfant battu, puni, humilié aura moins de neurones, moins de synapses, moins de mémoire, moins de capacités intellectuelles. Quelle avancée remarquable!

Alors qu'en France, 2 enfants meurent chaque jour des suites de violences familiales, et que seuls 43 états - dont 23 en Europe* - ont proclamé une loi explicite donnant aux enfants les mêmes droits que les adultes, il reste beaucoup à faire.

* Parmi les pays européens signataires ne figurent ni la France « Patrie des droits de l'homme » et ni la Suisse, pays neutre par excellence.

Photo: Claudine Andrée en compagnie d'un Bonobo.

NB : L'éditorial ne reflète pas nécessairement les vues de la direction et de l'équipe IDE.

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