Editorial, par Evelyne Monnay, 12 mars 2015

L'IDE, à travers ses formations, travaille sur les changements de comportement et essaie de créer des synergies entre les gens afin de promouvoir les droits de l'enfant. Ce travail est un engagement de longue haleine, difficilement mesurable, mais qui a bel et bien des répercussions sur le vécu des enfants.

A ce titre, la première formation menée par l'IDE au Sénégal (2012-2014), semble avoir eu un impact réjouissant, d'après les propos de Paola Riva Gapany, qui s'est rendue dans ce pays en février.

En effet, l'IDE a collaboré étroitement avec l'Ambassade de Suisse et le Centre de formation judiciaire (CFJ) de Dakar à la mise en place d'un programme de « Formation de formateurs en justice juvénile ». Cette première volée était destinée à des professionnels faisant partie des maillons de la chaîne judiciaire de Thiès et de Dakar. Ainsi, des magistrats, des avocats, des policiers, des éducateurs spécialisés, des agents pénitentiaires et des personnes travaillant dans des centres de pédopsychiatrie ont bénéficié de 5 modules de formation dans le domaine de la justice des mineurs.

Résultat concret

Cette formation a eu un impact direct sur la condition des mineurs en prison. A Thiès notamment, les audiences n'avaient lieu, avant la formation, que toutes les 2 semaines. Elles ont désormais lieu une fois par semaine, avec pour conséquence un séjour en détention plus court. De plus, les magistrats du Tribunal, tant du parquet que de l'instruction, se sont véritablement engagés et évitent tant que possible ce qui est communément appelé au Sénégal le « mandat de dépôt », c'est-à-dire de mettre systématiquement les mineurs en détention provisoire en attendant un jugement. Le résultat est concret : une diminution des mineurs en détention. Pour exemple, l'Ambassade de Suisse et le CFJ ont visité la prison de Thiès à deux reprises : en juillet 2012, plus de 50 jeunes étaient incarcérés et en juillet 2013, une quarantaine de jeunes étaient dénombrés. Lors de la visite de Mme Riva Gapany en février 2015, 19 jeunes se trouvaient en détention.

Réforme en marche

Indépendamment de cette formation, d'autres signes encourageants se déploient dans le pays. Avec la réforme de la carte judiciaire, le Sénégal compte mettre en place 40 tribunaux départementaux pour mineurs, alors qu'aujourd'hui, les tribunaux pour mineurs sont tous logés dans les tribunaux régionaux. Ceci devrait faciliter l'accès à la justice. De plus, dans le cadre de la réforme du code pénal et du code de procédure pénal, il a été proposé au Parlement que l'enfant puisse être représenté par une personne autre que son responsable civil (pex. une ONG). Les parents ne sont en effet pas toujours retrouvés et n'ont souvent pas les moyens de se rendre à l'audience, ce qui maintient le mineur en détention.

Certificat régional

Si ces améliorations se confirment, nous pourrons alors dire, avec Jean Zermatten in Nouvelles de l'IDE n°30) que l'aide technique apportée par l'IDE a « contribué à réformer le système de justice juvénile, le spécialiser, le rendre compatible avec les standards internationaux et... l'humaniser ! » Au vu du succès de cette formation au Sénégal, un Certificat régional en protection et droits de l'enfant y débutera au mois de mai.

Sources: Ambassade de Suisse au Sénégal, UNICEF et Direction de la prison de Thiès