30 ans Convention des droits de l'enfant - 50 ans Office éducatif itinérant



Editorial, par Diana Volonakis, 25 février 2015

Le 20 janvier 2015, le gouvernement somalien reçoit les accolades de la communauté internationale pour avoir accédé à la ratification de la Convention de l'ONU relative aux droits de l'enfant (CDE). La valeur symbolique de cet acte ne saurait être disputée : à travers lui, le gouvernement somalien semble adhérer au principe de l'enfant détenteur de droits, et accepter aussi sa responsabilité étatique de veiller à la mise en œuvre et à la protection desdits droits. Via un communiqué de presse, le Directeur Exécutif d'UNICEF Anthony Lake se félicite qu'« en ratifiant la Convention relative aux droits de l'enfant, le gouvernement de la Somalie investit dans le bien-être des enfants du pays, et dans le futur de sa société ».

Tant la réaction d'Anthony Lake galvanise par son optimisme, cette récente ratification suscite néanmoins des interrogations. Certes, la ratification d'un traité international des droits de l'homme peut être moteur de changement social, mais à condition que les citoyen-ne-s aient la capacité de faire valoir leurs droits pour améliorer les conditions matérielles du quotidien, ou dénoncer des injustices sociales et exiger cessation ou réparation des torts. Autrement dit, la ratification de la CDE ne devient significative que lorsqu'elle est accompagnée d'une volonté gouvernementale de mener une action sérieuse, coordonnée et transparente, visant à la création ou au soutien des institutions et services étatiques œuvrant à la promotion et à la protection des droits de l'enfant.

Dans le cas de la Somalie, il est permis de porter des doutes sérieux quant à la capacité de la classe politique à mettre en place les conditions propices à la réalisation des principes de la CDE sur le terrain. Une enquête réalisée par l'ONG Transparency International (2014) attribue au gouvernement somalien « l'index de perception de corruption » de 8/100, plaçant l'Etat sub-saharien en bas du classement mondial. Les accusations de corruption et de mauvaise gestion des fonds d'aide internationale sont d'autant plus inquiétantes qu'une partie de ces fonds avait été destinée à l'aide à l'enfance. Selon le rapport interinstitutionnel de l'ONU sur les niveaux et les évolutions de la mortalité infantile au niveau mondial (2014), la Somalie compte parmi les Etats les plus touchés par le phénomène. Malnutrition chronique et autres affections physiques sont aggravées par des déplacements internes contraints au gré des conflits civils, dans lesquels des enfants s'engagent ou sont recrutés.

La ratification de la CDE par la Somalie est un évènement chargé d'émotion puisque porteur d'espoir. Toutefois, à la lumière des réalités politiques et économiques somaliennes, il devient difficile d'adhérer à l'optimisme d'Anthony Lake. A certains, ces remarques pourront paraître défaitistes. Nous sommes de l'avis que le pessimisme éclairé vaut mieux que le déni de réalité.

NB : L'éditorial ne reflète pas forcément les vues de la direction et de l'équipe IDE.

Vos commentaires sont les bienvenus : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.