Editorial, par Daniel Stoecklin, 18 février 2015

C'est ce que pense pouvoir faire la courte majorité de Suisses qui a voté pour l'initiative « contre l'immigration de masse » il y a un an. Mais a-t-on déjà vu, dans notre monde globalisé, un groupe quelconque prendre une quelconque décision lui permettant vraiment de « rester maître chez soi » ? Les vues de l'esprit surpassent toujours l'analyse rationnelle des conséquences probables de ses actes. Les effets sur la scène internationale ont été immédiats pour la coopération européenne en matière de recherche. On commence donc à parler chiffres et le Conseil fédéral a maintenant mis en consultation le plan de mise en œuvre de l'initiative dans lequel il estime à 100 millions de francs suisses le coût annuel en frais administratifs supplémentaires pour les entreprises en cas de retour des contingents pour les ressortissants de l'Union européenne. L'Union patronale suisse évoque même un surcoût de 1 milliard. A quoi s'ajoute le coût politique et économique incalculable de la rupture des accords bilatéraux...

Mais quel serait le coût total de la politique d'immigration suisse si on y ajoutait les dégâts humains ? Le 4 février, le Comité des droits de l'enfant de l'ONU a publié ses « Observations finales » (Concluding Observations) à propos de la mise en œuvre des droits de l'enfant en Suisse. Il demande notamment à la Suisse de retirer les réserves qui subsistent encore, et en particulier en ce qui concerne le regroupement familial. Concernant les enfants particulièrement vulnérables et menacés, comme les enfants affectés par la violence, par la pauvreté, et en particulier la situation déplorable des mineurs non accompagnés, les mesures de protection doivent être renforcées, notamment à travers une meilleure coordination entre cantons.

Or, on voit mal comment ces mesures pourraient être prises et mises en œuvre de manière à renforcer la protection de ces enfants alors même que toute la politique d'immigration est en train de se durcir. Le coût humain de cette dernière va certainement augmenter car les moyens nécessaires pour la politique des contingents feront encore davantage défaut pour résoudre les problèmes réels. Par exemple, dans les foyers pour mineurs non-accompagnés du Grand-Saconnex, à Genève, la jeunesse est en souffrance : pas d'éducateurs, pas d'activités extrascolaires, pas de surveillance 24/24, pas de réfectoire, un encadrement minimal (un équivalent temps plein de 2.1 pour environ 50 jeunes), des enfants « gardés » par des Securitas le soir et les week-ends et totalement laissés à eux-mêmes une grande partie de la nuit. La facture sociale, et politique, de la votation sur « l'immigration de masse » risque donc d'être très salée à tous niveaux.

Au prochain rapport de la Suisse au Comité des droits de l'enfant, la question du coût humain de la politique migratoire sera certainement un point important. Il serait souhaitable que les initiateurs de cette votation assument vraiment leurs responsabilités. Cela implique aussi qu'ils soient prêts à formuler des réponses pour la prochaine audition de la Suisse devant le CDE...

Vos commentaires sont les bienvenus : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.