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Editorial, par Daniel Stoecklin, 21 janvier 2015

Les exécutions de journalistes, de policiers et d'otages à Paris, revendiqués par Al-Qaïda au Yémen, ont ouvert l'année et les consciences sur le fait que nous sommes tous vulnérables à la folie meurtrière d'une branche radicale de l'Islam. Ses variantes déciment des populations dans plusieurs régions du monde, notamment en Irak et au Nigéria. Avec les attentats à Paris, l'Europe a pris conscience de sa très grande vulnérabilité face à cette idéologie qui n'hésite pas à recourir au terrorisme.

Une vulnérabilité construite par des discours

Notre vulnérabilité vient aussi des discours qui enferment les gens dans des catégories figées et conflictuelles (musulmans, infidèles, etc.). Il est important d'en comprendre les ressorts. C'est ce que vise le projet de recherche LIVES en étudiant la vulnérabilité dans une perspective des parcours de vie. Les études sur l'enfance apportent une contribution importante pour mieux comprendre la vulnérabilité des personnes et la réduire autant que possible. En effet, le bébé est un être hautement vulnérable car il dépend entièrement de l'image que les autres ont de lui et sur laquelle il n'a pas prise. Le nourrisson est très vulnérable, c'est-à-dire exposé, à la représentation de lui-même. On peut dire (et les événements le confirment) que la vulnérabilité d'une personne augmente quand cette personne n'est pas en mesure d'influencer la représentation que les autres se font d'elle. Or ces représentations s'inscrivent dans la liberté d'expression. Il est donc très important de rappeler les restrictions légales à cette liberté.

La sécurité à travers l'éducation aux droits humains

La liberté d'expression est un droit fondamental dans toute démocratie. Elle constitue l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme et elle est également un droit de l'enfant. Il faut plus que jamais réaffirmer ce droit, mais aussi expliquer ses restrictions. L'article 13 de la Convention relative aux droits de l'enfant (CDE) autorise l'enfant à exprimer « des idées de toute espèce », ce qui implique aussi le droit de se distancier de n'importe quelle idée. Il est donc interdit de discriminer ou de punir autrui par la loi (et encore moins par une violence arbitraire) en fonction de ses idées (art. 2 CDE), à moins que celles-ci outrepassent aux restrictions légales à la liberté d'expression : la loi, et elle seule, peut intervenir si les propos tenus violent les droits ou portent atteinte à la réputation d'autrui, ou « à la sauvegarde de la sécurité nationale, de l'ordre public, de la santé ou de la moralité publiques » (art. 13 CDE).

Pour sortir de l'escalade de violence actuelle, les réponses sécuritaires ne suffiront pas. On ne réduira la vulnérabilité construite par des discours mal informés, ignorants, haineux et violents, que si l'on met en place une véritable éducation aux droits humains. Cela prend plusieurs générations pour porter ses fruits, et on a déjà perdu beaucoup trop de temps. La responsabilité commande d'inscrire les droits de l'enfant tout en haut de l'agenda politique !

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