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Editorial, 7 janvier 2015, par Emmanuelle Hazan

Ce sont des enfants qui veulent savoir d'où ils viennent, qui sont leurs parents et comment ils ont été abandonnés. Les adultes qu'ils sont devenus tentent aujourd'hui de lever le voile sur les réalités cachées de ces séparations. Grâce à Badael, une ONG libanaise de défense des droits de l'enfant, ils ont une chance aujourd'hui d'être entendus.

Le débat sur le droit aux origines reste très sensible et peu reconnu au Liban, malgré le fait que la demande soit là : on évalue la totalité des enfants libanais adoptés à l'étranger depuis les années 1960 à près de 10'000. Badael a reçu en deux ans plus de 300 personnes, venues du monde entier, notamment de Suisse, pour rechercher leur origine. La plupart du temps sans succès.

Car au Liban, l'opacité règne. Le pays ne dispose en effet d'aucune législation civile pour réglementer les placements d'enfants et les adoptions, ces dernières étant régies par les lois religieuses de chaque communauté. D'autres facteurs contribuent également à cette opacité : la guerre civile qui a ravagé le pays et déstructuré les institutions, la pauvreté, la stigmatisation sociale et culturelle des naissances hors-mariage et la discrimination dont sont victimes les femmes – au Liban, elles ne peuvent transmettre la citoyenneté si elles ne sont pas mariées. Cette situation alimente évidemment le trafic d'adoptions illégales – et du même coup la falsification des actes de naissance - souvent très lucratif pour de nombreux intermédiaires.

« L'objectif principal est la création d'une loi civile qui régisse tous les placements d'enfants, qu'ils aboutissent à une adoption ou un placement en institution, explique Zeina Allouche, directrice à Beyrouth de l'ONG. Et que cette loi tienne compte des besoins spécifiques de l'enfant selon ses circonstances familiales. Mais aussi qu'elle intègre le droit d'être enregistré légalement et d'avoir accès à ses données personnelles ».

L'ONG Badael est également l'œuvre d'une jeune Suissesse, Dida Guigan, adoptée au Liban pendant la guerre civile par une famille suisse qui l'a toujours soutenue. La quête de Dida, aujourd'hui musicienne, a duré dix ans mais s'est soldée par une victoire : elle a pu retisser les fils de son origine et retrouver sa mère biologique qui avait finalement émigré... en Suisse. C'est elle qui porte la campagne sur le droit aux origines au Liban. Elle veut également développer en Suisse une plateforme de soutien pour les enfants adoptés du Liban qui s'appellerait « Born in Lebanon ».

Les projets de Dida Guigan et de Badael ne s'arrêtent pas là : la création d'un espace pour accueillir et soutenir les mères enceintes en difficulté est déjà prévue, ainsi qu'un accompagnement en cas de décision de séparation. « Mais aussi une maison d'accueil pour ceux qui veulent trouver leur véritable histoire, précise Dida Guigan. Parce que le processus de recherche est aussi important que le résultat obtenu. Et dans ce chemin, on se construit aussi. »

En partenariat avec The Legal Agenda, une ONG qui veut soutenir les réformes juridiques dans le monde arabe, Badael espère bien, dans un avenir proche, faire évoluer les mentalités au Liban et donner une voix à ces enfants.

NB : L'éditorial ne reflète pas forcément les vues de la direction et de l'équipe IDE.

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