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Editorial, par Daniel Stoecklin, 22 octobre 2014

Le prix Martin Ennals des droits de l'homme a été décerné, lors d'une cérémonie organisée à l'Université de Genève le 7 octobre, à Alejandra Ancheita, défenseuse des droits humains au Mexique. Deux autres lauréats ont également été récompensés. Il s'agit d'Adilur Rhaman Khan du Bangladesh et de Cao Shunli de Chine.

Cette dernière est la seule à ne pas avoir pu être présente lors de la remise des prix. Elle est décédée en détention, deux jours après avoir été nominée, succombant au manque de soins dans les prisons chinoises. En honorant des personnes qui s'engagent de manière exemplaire dans la défense des droits de l'homme, le prix Martin Ennals leur offre une visibilité, et ainsi une protection accrue, arrivée trop tard pour Cao Shunli.

Son décès a fait des vagues en mars 2014 lors de l'examen du rapport périodique universel de la Chine. Un reportage montrant de très rares images de la militante et de son combat comporte une séquence filmée dans la salle du Conseil des droits de l'homme : les représentants de la Chine s'opposent à une minute de silence demandée en son honneur par des représentants d'ONGs. Invoquant un article de procédure, ils réussissent à rallier, en commençant par Cuba, plusieurs pays à leur motion permettant d'interdire cet hommage. On assiste bel et bien à un changement de paradigme : les instruments internationaux signés et ratifiés par des pays qui ne les respectent que très peu sont cependant très bien connus, et jusque dans leurs moindres détails, non pas pour respecter les libertés fondamentales que ces traités promeuvent mais pour bloquer tout débat sur ces libertés.

Cao Shunli n'a pas eu la minute de silence réclamée dans l'enceinte du Conseil des droits de l'homme mais lors de la remise du prix Martin Ennals, toute la salle s'est levée pour lui faire une « standing ovation ». Une minute d'applaudissements, très émouvante, qu'elle a dû entendre depuis le ciel...

Or, le déroulement de cette cérémonie lui-même a été interrompu par un homme (resté anonyme) qui s'est levé depuis le fond des gradins et s'est avancé pour réclamer que l'on parle de la Syrie et de l'Irak, avant qu'il ne soit trop tard. Même s'il peut être naïf de penser qu'une cérémonie de remise de prix pourrait changer à court terme une situation d'urgence, ce cri d'alarme impromptu allait-il être entendu ? Eh bien oui : l'animateur de la soirée a eu le réflexe exemplaire d'inviter cette personne à faire part de sa vision de la situation en Syrie, mais toutefois seulement après que la cérémonie fut arrivée à son terme. En priant cette personne de respecter le déroulement prévu de la séance, mais en ouvrant une porte pour qu'elle puisse s'exprimer à la fin de celle-ci, la procédure a été respectée avec la flexibilité nécessaire pour que toutes les voix puissent être entendues. L'animateur a tenu parole en fin de séance, même si l'anonyme ne s'est plus manifesté. Peut-être que les mécanismes onusiens pourraient s'enrichir de plates-formes ou de modalités de communication plus dynamiques (incluant les réseaux sociaux) réduisant la possibilité de se cacher derrière la procédure. Quoi qu'il en soit, la cérémonie de remise du prix Martin Ennals a été exemplaire, non pas seulement sur le fond mais aussi sur la forme. Ce fut un grand moment !

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