30 ans Convention des droits de l'enfant - 50 ans Office éducatif itinérant



Editorial, par Andressa Curry-Messer, 17 septembre 2014

Si le film Marathon Man, sorti sur les écrans en 1976 et nous entraînant dans une intrigue politique souvent violente connut un succès mondial, l'histoire de Marathon Boy est moins connue et pourtant d'autant plus tragique qu'il ne s'agit plus là de fiction.

A la mort accidentelle de son mari alcoolique, Sakanti ne parvient plus à assumer seule les besoins de ses quatre enfants. Elle vend alors son seul garçon, Budhia Singh, âgé de 2 ans, à un marchand ambulant, pour 12 euros. Biranchi Das l'apprend. Il est entraîneur de judo au bénéfice d'une petite réputation et propriétaire d'un orphelinat; il rachète l'enfant.

Un jour que Budhia avait insulté un camarade, Das lui donne une punition qui va changer l'histoire du tandem : l'enfant doit courir autour du dojo jusqu'au retour de son mentor... qui l'oublie. A son retour, cinq heures plus tard, Budhia court toujours ! « Et là, j'ai eu l'idée d'en faire un marathonien », expliquera Das.

Seulement voilà, Das soumet le petit athlète à un entraînement beaucoup trop exigeant, lui faisant parcourir des quantités colossales de kilomètres. Il l'inscrit à des courses et Budhia effectue de longues sorties qui animent les foules qui le voient passer : elles le célèbrent, l'embrassent, le bénissent même. Das en rajoute en érigeant son coureur en défenseur des plus démunis et reproche à l'Etat de ne pas agir pour leur bien-être; il se met à dos la protection de l'enfance et la tension entre les divers protagonistes devient de plus en plus dangereuse.

En 2006, pris en otage dans ce jeu politico-sportif, Budhia est lancé dans une folle sortie de 67 km, avec l'objectif affirmé de figurer au Livre des records. Budhia vacille. Déshydraté, il passe à deux doigts de la mort. Dès lors, il est interdit de course par les autorités, ce qui n'empêche pas Das de narguer tous ses contradicteurs; il est assassiné en 2008.

En 2014, la vie de Budhia a pris un chemin plus heureux. Sa mère Sakanti en a récupéré la garde et il a intégré le Sports Hostel de l'Etat d'Odisha, dans le nord-est de l'Inde. Dans ce centre sport-études gouvernemental, Budhia partage son temps entre des entraînements à la mesure de ses compétences d'adolescent et des heures d'instruction scolaire. Il bénéficie également d'une alimentation équilibrée en corrélation avec ses performances physiques. Car Budhia est plus que jamais passionné par la course à pied. Il est convaincu d'avoir un don et espère représenter dignement son pays lors d'un marathon, après ses 18 ans. « Je suis heureux quand je peux courir très longtemps. J'aime les longues distances », dit-il.

Après un faux départ dans la course de la vie, Budhia Singh semble bel et bien avoir vaincu les pires adversités et trouvé enfin la foulée légère et heureuse qui le portera vers des lendemains prometteurs. Cours Budhia, tu as droit à cette vie meilleure !

Voir aussi :

Vos commentaires sont les bienvenus : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.