Editorial, par Daniel Stoecklin, 3 septembre 2014

Les droits de l'enfant sont en lien étroit avec les compétences des enfants en tant qu'acteurs sociaux. On utilise couramment la notion de capacités évolutives de l'enfant pour aborder et évaluer le degré d'intériorisation de ses droits par l'enfant et, partant, la possibilité pour lui de les exercer directement. Une approche moins connue est celle consistant à parler non pas des capacités de l'enfant mais de ses « capabilités ». Un ouvrage vient de paraître pour expliciter les défis et les opportunités entourant cette autre manière de conceptualiser le lien entre l'enfant et ses droits.

La notion de « capabilité » trouve son origine dans les travaux de Amartya Sen et Martha Nussbaum, entre autres. Ces auteurs définissent la capabilité comme une « capacité d'agir » qui n'est pas rattachée à la personne (notamment à ses capacités cognitives), mais qui résulte de l'interdépendance entre compétences personnelles et ressources de l'environnement. C'est donc dans les interactions sociales que réside la capabilité. La capabilité d'une personne dépend à la fois de ses capacités propres et des contraintes et ressources de l'environnement. La liberté réelle des individus résulte ainsi des arrangements institutionnels qui forment le cadre des interactions sociales. Or, ces dernières peuvent aussi modifier le cadre institutionnel.

La mise en œuvre des droits de l'enfant peut ainsi être évaluée en fonction de cette dynamique qui donne, selon les contextes et les individus, plus ou moins de liberté de choisir : « Dans l'évaluation de la justice fondée sur la capabilité, les revendications des individus ne doivent pas être jugées en fonction des ressources ou des biens premiers qu'ils détiennent respectivement, mais de la liberté dont ils jouissent réellement de choisir la vie qu'ils ont des raisons de valoriser » (Sen, A. (2000) Repenser l'inégalité, p. 122). Cette potentialité doit être observée de cas en cas. On peut ainsi identifier des « facteurs de conversion », c'est-à-dire ceux qui transforment des ressources matérielles et des libertés formelles (dont les droits de l'enfant) en libertés réelles.

Les contributions de l'ouvrage susmentionné constituent un pas important dans cette direction. Elles reflètent l'intérêt grandissant d'intégrer l'approche par les capabilités dans le champ des droits de l'enfant. Elles offrent une vision qui considère les personnes comme des individus actifs et réflexifs par rapport à leur environnement et pas simplement comme les bénéficiaires passifs d'une éventuelle bienveillance. Les implications de ce nouveau paradigme sont nombreuses, aussi bien pour la théorie que pour la pratique. Elles pourront être développées dans un des axes de recherche au sein du Centre interfacultaire en Droits de l'Enfant, actuellement en constitution à l'Université de Genève.

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