Editorial, par Daniel Stoecklin, 6 août 2014

Après que l'ONU a affirmé, le 24 juillet, que des djihadistes avaient ordonné que toutes les femmes âgées de 11 à 46 ans dans la région de Mossoul, en Irak, subissent des mutilations génitales, les démentis ont commencé à se multiplier.

Quelle que soit la situation réelle, il est important de rappeler que les mutilations génitales féminines (MGF) sont des pratiques traditionnelles ou coutumières néfastes à la santé, avec des conséquences souvent dramatiques, notamment l'impossibilité d'éprouver la moindre jouissance sexuelle. Cela pose la question fondamentale de l'égalité en droits. Garçon ou fille, homme ou femme, tous les êtres humains sont nés égaux en droits. Invoquer une tradition ou une religion pour nier l'égalité en droits : voilà le problème fondamental. Est-ce qu'une religion, et plus précisément ses interprétations, peut se placer au-dessus de l'ordre juridique tel qu'il est défini par les lois nationales et les traités internationaux ? La question n'est donc pas de tolérer ou non des croyances au nom de la liberté religieuse, mais bien plutôt de fixer les limites pour qu'aucune croyance ne puisse contrevenir au principe de l'égalité en droits. Il faut préserver toutes les chances d'exercer soi-même un libre arbitre à propos d'interventions irréversibles sur son propre corps.

Les MGF constituent une modification corporelle permanente. Il en va de même pour la circoncision masculine, à la différence près que cette intervention chirurgicale peut, dans certains cas, être légitimée médicalement comme étant dans l'intérêt supérieur du garçon en question. Mais à l'exception d'interventions médicalement indispensables, rien ne justifie des pratiques qui contreviennent à l'intérêt supérieur des enfants. Dans les contextes où, comme en Irak actuellement, aucune fille et aucune femme ne peut librement consentir, étant donné que cette pratique leur est imposée, il est malhonnête d'invoquer la liberté religieuse ou la tradition culturelle.

Or il se trouve que cette distorsion argumentative est souvent effectuée au nom de la résistance à l'impérialisme occidental. Le piège du relativisme culturel, lorsqu'il devient discours politiquement correct, fait tomber dans l'indifférence, celle où toutes les traditions « culturelles » se valent, sans plus éclairer les rapports de domination sous-jacents ou, encore plus malhonnêtement, en faisant comme si la domination était l'apanage de la colonisation.

Comment peut-on fermer les yeux sur des pratiques violant à ce point les droits humains ? La figure de l'idole me semble être une piste éclairante. Dans toute culture, l'idolâtrie entraîne une fascination aveugle. Cela est manifeste dans le « star system »*, et je fais l'hypothèse que cette fascination peut aussi s'étendre à toute figure dès lors qu'elle est représentée comme héroïque. Ainsi le « bon sauvage », figure de la résistance à l'impérialisme occidental, peut être une « idole ». C'est pourquoi les MGF ne peuvent se perpétuer qu'avec la complicité de la culpabilité post-coloniale. Quand on justifie une barbarie par une autre, la violence ne peut être qu'infinie.

*Jean-Pierre Abbet & Daniel Stoecklin : Les Beatles en héritage, Paris : Editions Thélès, p. 118

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