Editorial, par Daniel Stoecklin, 9 juillet 2014

Le Comité des Nations unies pour les droits de l'enfant a décidé de développer une Observation générale sur les enfants en situations de rue (ESR). Cette décision a été prise à la suite d'une récente rencontre d'experts internationaux à Genève. Cela constitue un événement très important, et attendu depuis longtemps, car une observation générale peut grandement influencer les politiques et les pratiques en lien avec les millions d'enfants se trouvant dans ces situations.

Bien que le comité ait régulièrement fait part de ses préoccupations concernant ces enfants dans ses recommandations finales aux Etats parties, c'est la première fois qu'il va spécifier de manière détaillée son interprétation de la Convention relative aux droits de l'enfant (CDE) par rapport aux ESR. Cela arrive à un moment d'autant plus important que la tendance dominante est à une certaine disparition des ESR de l'agenda international. Cet affaiblissement de la préoccupation pour les ESR est documenté et montre que l'icône dominante de l'enfant victime est ce qui guide encore et toujours l'agenda international.

Le paradoxe est donc que la reconnaissance des compétences des enfants en situation de rue, dans une volonté de sortir de l'assistantialisme, a contribué à leur effacement relatif de l'agenda international... Cela amène à poser des questions critiques sur les modes qui régissent le fonctionnement de ce dernier. Parmi les différents acteurs concernés, notons le travail effectué depuis 2010 par le Consortium for Street Children pour amener ce thème à l'agenda du Comité. On peut néanmoins se demander pourquoi on continue de brandir le chiffre de 100 millions d'ESR dans le monde, alors que de nombreux travaux démontrent que ce chiffre est exagéré. Un récent ouvrage (2014) montre que le problème des estimations statistiques est directement lié à celui de la définition des ESR. Cette définition a aussi fait l'objet de beaucoup de débats. Il est donc d'autant plus important que l'on s'accorde sur la définition retenue, celle des ESR, et sur ses implications pour une approche en termes de droits. Enfin, la participation des ESR eux-mêmes à l'élaboration de politiques pertinentes dans ce domaine reste un défi considérable.

Le développement d'une observation générale prend en général deux ans, avec l'implication d'experts indépendants. Les défis restent importants, notamment autour des chiffres, de la définition et de la participation des enfants pour qui la rue est une réalité quotidienne.

Photo de la page d'accueil : Lewis Aptekar.

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