Editorial, par Carole Barby et Coraline Hirschi, étudiantes du MIDE, 3 juillet 2012

Le concept de harcèlement moral reconnaît pleinement le statut de victime de la personne harcelée. Pourtant, certains auteurs relèvent que cette dernière ressent parfois de la culpabilité. Ce constat est également présent chez les enfants victimes de harcèlement entre pairs et amène à se questionner sur ce que vit l’enfant harcelé, sur la manière dont il tente de construire le sens de sa situation et sur le rôle de la culpabilité dans cette recherche de sens.

Le harcèlement entre enfants a été largement étudié récemment et ses conséquences graves pour la victime et pour son agresseur sont démontrées. Ce phénomène reste pourtant difficile à déceler en raison de la nature sournoise des attaques subies au quotidien par des enfants qui, pourtant placés sous la responsabilité de l’institution scolaire, affrontent bien souvent seuls leur situation.

Recherche de sens et attributions causales

Selon certains auteurs, la possibilité de donner un sens à ce que nous vivons permettrait de supporter les pires événements. Il semblerait donc logique que l’enfant harcelé tente d’attribuer des causes à ce qui lui arrive. Malgré l’absurdité de la violence et la désignation arbitraire dont il est victime, les mécanismes d’attribution causale vont parfois amener l’enfant à penser qu’il est lui-même la cause du harcèlement qu’il subit.

Rôle ambigu de la culpabilité

Si cette attribution erronée peut engendrer des sentiments d’incompétence, de culpabilité et de honte injustifiés, elle a pourtant une fonction qui peut s’avérer positive dans la reconstruction de la victime en plus de l’aider à comprendre ce qu’il vit. En effet, certains auteurs postulent que la culpabilité peut permettre à l'enfant d'avoir le sentiment de garder une certaine emprise sur son destin et de maintenir une partie de son intégrité alors que la perte de culpabilité due à une intervention pourrait provoquer un véritable sentiment d'annihilation. Par conséquent, le sentiment de culpabilité que ressent l’enfant devrait plutôt être reçu sans jugement et compris à travers le sens que ce dernier attribuera à ce qu’il vit et subit.

Résilience et perspectives

La culpabilité peut nuire au processus de résilience. En effet, l'estime de soi, qui est une ressource de la résilience, peut se voir amoindrie par les sentiments de culpabilité et de honte. Ces sentiments combinés au caractère sournois du harcèlement peuvent également diminuer la capacité de se reconnaître en tant que victime qui est une des quatre conditions pour entrer dans un processus de résilience. Pourtant, il est reconnu que le fait de donner un sens à un événement traumatique fait également partie des ressources conatives de la résilience et peut s’avérer fondamental. Face à cette complexité, la connaissance et la compréhension du sens qui est donné et construit par l’enfant permettent de mieux cerner les différents affects ressentis par ce dernier. Cette approche compréhensive permettra sans doute une intervention plus adaptée de la part des thérapeutes, enseignants et autres professionnels en contact avec l’enfant harcelé, dans le but d’offrir à ce dernier un environnement qui lui permette, malgré la violence subie, de continuer à se développer et à se construire en cultivant ses ressources.

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N.B. L'éditorial ne reflète pas forcément les vues de la direction et de l'équipe IDE.