Editorial, par Olivier Messer, animateur pastoral, 23 avril 2014

Lorsque l'on évoque le Brésil, ce sont bien souvent les images exotiques de Rio de Janeiro qui envahissent notre esprit. Parmi elles, le fameux Christ Rédempteur, qui semble tenir dans ses bras la vie bouillonnante de la baie. Cette statue de plus de trente mètre de haut nous rappelle que les brésiliens sont profondément croyants et, jusqu'à aujourd'hui encore, principalement chrétiens catholiques.

Pourtant, il est frappant de constater l'émergence chaque année plus marquée d'Eglises évangéliques, dont la communauté est l'une des plus importantes au monde, avec celles des USA et du Nigéria, selon Paul Freston, professeur canadien spécialiste de la question. Des chiffres récents annoncent un déclin des catholiques dans le pays, puisqu'ils ne seraient plus que 64% aujourd'hui, contre 92% il y a quarante ans.

Si ces deux Eglises proclament leur foi en Christ et sont donc toutes deux chrétiennes, la manière d'en témoigner diffère passablement. Chez les évangéliques, chacun peut fonder sa propre église et prêcher selon sa compréhension de la Bible. Dès lors, qui de mieux qu'un enfant prêcheur pour attirer des fidèles dans son Eglise ?

En effet, tout au long de la Bible, depuis l'Ancien Testament déjà, l'enfant bénéficie d'une importance particulière : il représente notamment toute la simplicité, l'humilité et l'imperfection auxquelles doit aspirer le croyant. Comme le dit saint Paul, les Chrétiens sont invités à poursuivre leur croissance pour parvenir ensemble « à la plénitude du Christ » (Ep 4, 12-16), car, dit-il encore « ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi » (1Cor 1, 27). Nous comprenons aisément tout l'impact psychologique qu'un culte emmené par un enfant-prêcheur aura sur l'assemblée.

Dans le monde évangélique, les prêcheurs sont de véritables stars et les plus célèbres se « produisent » à travers le monde, avec de confortables honoraires à la clé. De très jeunes recrues touchent jusqu'à 400 dollars de l'heure. A cela, il faut ajouter les revenus générés par des produits dérivés tels que DVD, CD ou livres, vendus jusque dans des boutiques spécialisées. De petites équipes de « poulains » se constituent, avec leur manager, car la compétition entre Eglises est aussi féroce que dans tout autre business. Et comme en 2014 on n'existe pas sans être présent dans les médias, les évangéliques détiennent la deuxième chaîne de télévision la plus importante du Brésil, TV Record !

Au vu de ces éléments tant bibliques que financiers, nous pouvons nous poser la question de savoir si ces enfants embrassent librement cette mission nourris par la conviction d'être appelés par Dieu pour témoigner de sa présence par ce ministère bien particulier ou s'ils sont davantage les objets d'une manipulation humaine inscrite dans une démarche de marketing garantissant de copieux revenus à leurs parents ? Ces enfants sont-ils, finalement, les témoins bénis du monde des Cieux ou les outils d'adultes avides des biens de ce monde ?

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