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Editorial, par Samuel Morard, stagiaire MIDE, 4 janvier 2019

2019 01 04 armes S Morard«Conçues pour tuer, les armes tuent. Dès que l’événement en inspirera l’emploi, elles tueront. Nos armes. Avec efficacité. Jusqu’à quand nous mêlera-t-on à cette boucherie?». C’est par ces mots qu’Edmond Kaiser – fondateur de Terre des hommes et de Sentinelles – s’indignait contre les exportations d’armes suisses durant la guerre du Vietnam. Il soutenait qu’on ne peut à la fois verser «les larmes, le lait et le napalm». Siège d’organisations internationales de défense des droits humains, la Suisse désapprouvait les exactions commises; fidèle à sa tradition humanitaire, elle venait en aide aux victimes; soucieuse de la liberté de marché et de sa prospérité économique, elle commercialisait des armes telles que des bombes incendiaires au napalm et des mines antipersonnel. La coexistence de ces trois paradigmes est toujours d’actualité.

Le montant des exportations de matériel de guerre s’est élevé à 446,8 millions de CHF en 2017. Cela correspond à 0,15% des exportations helvétiques. Anecdotique d’un point de vue économique. Moins négligeable pour l’enfant gazaoui, houthi du Yémen, muvira du Sud-Kivu, yézidi du Kurdistan, nuer du Soudan du Sud ou hazâra d’Afghanistan qui verra s’achever sa courte vie avec le concours de la précision «Swiss quality». Le Groupe pour une Suisse sans armée présente notamment une longue liste de pays où les régimes au pouvoir ont bombardé leur propre population avec des avions Pilatus suisses. Malgré les règlementations en vigueur, des armes suisses se retrouvent fréquemment entre les mains de groupes terroristes… mais il serait bien naïf de s’en étonner. Un rapport du Contrôle fédéral des finances met en évidence un laxisme dans les contrôles et une facilité pour les entreprises d’exploiter les nombreuses failles légales. De plus, après une demande du lobby des armes, le Conseil fédéral a décidé en juin 2018 d’assouplir son ordonnance sur le matériel de guerre afin de permettre les exportations vers les pays en conflit armé interne. La Croix-Rouge suisse a vertement dénoncé cette décision, jugée incompatible avec la sécurité des populations civiles. Alors que la Suisse – renommée pour sa neutralité – organise des conférences de paix et plaide en faveur d’un durcissement de la réglementation sur le commerce des armes, sa position sur la scène internationale s’en trouve affaiblie. Pour Peter Maurer, président du CICR, la réputation, la crédibilité et la fiabilité de la Suisse en tant qu’acteur humanitaire sont affectées. Grâce à une mobilisation massive de partis politiques, d'œuvres d'entraide et d'organisations religieuses, le Conseil fédéral est revenu sur sa décision le 31 octobre 2018, ce qui est un événement extrêmement rare en politique suisse. Le débat reste cependant tendu, et le futur incertain.

L’effectivité du droit humanitaire, des droits de l’Homme et des droits de l’enfant est directement liée aux pratiques commerciales des Etats. Si la Suisse veut se montrer à la hauteur des idéaux dont elle se réclame, l’appel de Kaiser pour une politique extérieure cohérente doit être entendu.

Photo: Hans Beat Müller, flickr/creative commons

NB: L'éditorial ne reflète pas nécessairement les vues de la direction et de l'équipe IDE.

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