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Editorial, par Evelyne Monnay, 18 décembre 2018*

2018 12 18 ED migration handicapIls doivent faire avec une triple vulnérabilité: liée au parcours migratoire, à la déficience (physique, cognitive ou psychique) et à l’âge. Ils (et elles), ce sont les enfants migrants en situation de handicap. Le temps d’un atelier regroupant des professionnels de divers bords, le colloque 2018 de l’ADEM a lié deux problématiques traitées souvent séparément alors qu’elles se rencontrent dans la pratique. Celle de la situation de migration d’un enfant et celle de sa situation de handicap. Les données manquent sur la fréquence à laquelle ces deux problématiques s’entremêlent mais à la polyclinique de l’hôpital de l’enfance, à Lausanne, on observe que plus de 80% des consultations concernent des enfants migrants (au sens large). Quant au handicap, outre sa prévalence dans toutes les populations, il pourrait aussi être une conséquence et parfois une cause de la migration.

Face à un enfant migrant en situation de handicap (et il faut garder à l’esprit que le handicap comporte une dimension culturelle dans sa perception, et qu’il varie en fonction des contextes sociaux), diverses ressources professionnelles existent: services sociaux, services de santé, santé scolaire, crèches, écoles, accueil extra-scolaire, formation professionnelle, éducateurs, activités parascolaires et logement sont autant de lieux dans lesquels le dépistage et l’accompagnement se mettent en place.

La coordination entre tous ces professionnels est dès lors cruciale. Il relève de leur responsabilité de prendre en compte toutes les vulnérabilités, sans fragmenter les prises en charge. Dans une démarche multidisciplinaire et en y consacrant le temps nécessaire, il s’agit de décloisonner les réseaux (migration, handicap) et d’apprendre à l’enfant et à sa famille à demander de l’aide dans ce système. Créer l’échange entre l’école, l’hôpital et aussi la famille permet d’assurer la diversité des regards et d’éloigner le spectre de la sectorisation.

Les interprètes communautaires, indispensables dans ce contexte, sont souvent sous-sollicités et difficiles d’accès. Une discrimination existe en fonction du statut de séjour des enfants. En phase de procédure ou lorsque l’enfant appartient à un groupe vulnérable (admission humanitaire), l’accès est aisé mais les choses changent dès que l’enfant obtient un permis B ou sort de la structure d’accueil. Parfois, ce sont même plusieurs de ces interprètes qui seraient nécessaires dans les consultations, par exemple pour le cas d’un enfant migrant sourd issu d’un Etat dans lequel la langue des signes est différente de celle pratiquée en Suisse! Il y a ici des moyens financiers conséquents à engager pour que l’intégration se fasse.

De manière générale, les personnes issues de la même communauté sont importantes afin de permettre une réelle participation des enfants et des parents aux soins qui leur sont prodigués. Les associations de parents, aussi de parents d’enfants handicapés (on y trouve des gens de la communauté) sont en ce sens des partenaires de choix.

Enfin, comme dans le domaine médical au sens large, il faut relever l’importance de la communication, que ce soit entre les divers professionnels, avec l’enfant ou avec la famille. A-t-on été compris? La vulgarisation du langage (ex. utilisation de pictogramme) est possible par la formation des professionnels, appelée à se développer, comme c’est le cas au CHUV. Lors de l’atelier ADEM, la question de savoir qui devait former les professionnels à la communication avec les personnes en situation de handicap et de culture différente est restée ouverte. S’agit-il du rôle de l’employeur? D’une responsabilité de l’Etat au titre de la Convention des droits de l’enfant et de la Convention relative aux droits des personnes handicapées? Cette formation doit-elle être obligatoire?

En conclusion, nous pouvons dire qu’enfance, migration et handicap sont autant de renvois à l’altérité qui appellent à la créativité de notre société et de ses professionnels. La tendance à sous-estimer la capacité de cet autre à être partenaire peut se dissiper si on en prend le temps. Et un pas de plus aura été fait vers un monde dans lequel on peut être égal et vivre ensemble en étant soi-même.

*Cet éditorial a été réalisé suite à la participation à l’atelier «Enfants en situation de handicap: quelle participation, scolarisation, formation professionnelle et intégration sociale?» animé par les pédiatres Yvon Heller et Flavie Joris lors du colloque annuel de l’Alliance pour les droits des enfants migrants (ADEM).

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Image: bDom, flickr/cc

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