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Editorial, par Andressa Curry-Messer, 28 novembre 2018

2018 11 28 ED enfants youtubeursDes enfants de 3 à 17 ans sont devenus des stars de la plateforme YouTube avec leurs vidéos et réunissent des millions d’abonnés: 3,5 millions pour la chaîne «HugoPosay», un garçon de 16 ans qui raconte des anecdotes sur sa vie; 3,4 millions pour les frères Néo et Swan, 13 et 6 ans, qui exposent leurs moments de loisirs; 1,3 million pour la chaîne «Studio Bubble Tea» de Kalys et Athéna, 8 et 3 ans, qui déballent des jouets en les commentant. Ce ne sont là que quelques exemples.

A chaque minute, 600 000 heures de vidéo sont postées soit par leurs parents soit par eux-mêmes et 43 000 vidéos sont vues. Selon une étude menée par le Network DEFY Média, publiée en 2014, 76% des jeunes de 13 à 24 ans considèrent les contenus de YouTube plus divertissants que ceux de la télévision. En regardant les youtubeurs environ 11 heures par semaine, 56% des enfants de 13 à 17 ans rêvent d’en devenir un à leur tour.

En France, le phénomène a inquiété l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (OPEN) qui a saisi, cette année, le Conseil national de protection de l'enfance (CNPE) afin de dénoncer une «activité professionnelle illicite».

Selon Thomas Rohmer, président d’OPEN, «on n'est pas dans une activité de loisir». Les enfants youtubeurs exercent bien une activité lucrative, car leurs chaînes rapportent des dizaines de milliers d'euros par mois aux parents. Il regrette que ces enfants passent tous leurs mercredis après-midi et leurs week-ends à tourner des vidéos et qu’il n’y ait pas un encadrement par la loi française de cette activité. Celle-ci peut nuire à l'équilibre des enfants qui sont parfois «exploités et manipulés par leurs parents», souligne Rohmer.

En Suisse, l’activité des enfants youtubeurs rentre dans le cadre juridique du droit du travail, selon l’avocate Selina Müller: «Un mineur de 13 ans ne peut pas travailler plus de 3 heures par jour et 9 heures par semaine». Cependant, la question de la redistribution des gains entre parents et enfants reste ouverte.

Pour le sociologue et spécialiste des usages numériques, Olivier Glassey de l’UNIL, l’abondance de vidéos hebdomadaires est telle «qu’on peut se demander à quel moment une activité de loisir devient quelque chose de plus industriel». Les rémunérations sont parfois tellement lucratives pour les parents que «ceux-là changent totalement le rapport avec leur enfant. Du moment qu’il devient une condition importante de l’obtention de notre revenu, on en fait notre employé».

Face à la polémique, Néo, youtubeur de 13 ans, le regard fixé sur la caméra se défend: «Je ne suis pas forcé par ma mère (…) j’ai toujours voulu être youtubeur (…). Notre mère, elle nous fait une vie de rêve. Et elle nous prépare un avenir de rêve (…). Le seul truc qui me dérange dans cette vie, c’est les gens qui racontent des conneries sur nous».

Néo commence probablement à se rendre compte que la vie en dehors du virtuel n’est pas toujours le rêve qu’il imagine…

Photo: Pxherexhere, creative commons

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