Editorial, par Célia Roh, stagiaire MIDE, 7 novembre 2018

2018 10 25 ED enfants conducteurs aveugles«Je dois aider mon père en mendiant pour avoir de quoi manger. J’aimerais bien aller à l’école comme les autres enfants, mais nous sommes pauvres. Je ne peux ni jouer, ni me faire des amis. Parce que je suis obligée d’être la guide et les yeux de mon père qui est aveugle».

Telles sont les paroles de Khady, Sénégalaise de 15 ans. Cet exemple d’enfant en situation de rue, «pris en otage» par son parent aveugle touche de nombreux pays comme le Niger, le Sénégal ou encore l’Inde pour ne citer que ceux-là. Un nombre considérable d’enfants sont contraints à sacrifier leur vie, faisant une croix sur leur avenir professionnel qui aurait pu être prometteur. A quel prix?

Prenons l’exemple du Niger: dans ce pays, le handicap est une source importante d’exclusion sociale et économique, contraignant la plupart des personnes en situation de handicap à s’adonner à la mendicité afin de subvenir à leurs besoins vitaux. Malheureusement, beaucoup d’enfants sont impliqués dans ce système de mendicité, notamment pour guider leurs parents aveugles, avec les conditions de vie précaire et les nombreuses autres répercussions qui en découlent: risques d’accidents, de maladies, de violences, d’exploitations. De plus, nécessitant des efforts très élevés (pas moins d’une dizaine d’heures de travail par jour), une telle activité les empêche complètement d’aller à l’école, entravant ainsi leurs perspectives d’avenir.

En conséquence, Sentinelles, une des rares organisations humanitaires se préoccupant de ce domaine d’action, estime que l’éducation de milliers d’enfants dans le monde est sacrifiée à cause de la cécité et de la pauvreté de leurs parents. Privés de leur enfance, sans scolarité, nombre de leurs droits sont violés; nous ne relèverons que l’article 28 de la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) concernant le droit à l’éducation et l’article 31 CDE concernant le droit au repos et aux loisirs.

Pour palier à une telle violation de droits et garantir à l’enfant une éducation de qualité et une vie décente, une solution demeure une bonne application, de la part des Etats, de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), ratifiée entre autre par le Niger, le Sénégal et l’Inde. L’article 28 CDPH rappelle certains devoirs aux Etats: reconnaître le droit à un niveau de vie adéquat pour les personnes en situation de handicap et pour leur famille, notamment une alimentation, un habillement et un logement adéquats, reconnaître leur droit à une protection sociale, et prendre des mesures appropriées pour protéger et promouvoir l'exercice de ces droits. Ainsi, les Etats accomplissant leurs devoirs quant à la prise en charge des parents en situation de handicap, les enfants verraient leurs chances de retrouver une place favorisant leur développement intellectuel et social augmenter, leur permettant un avenir meilleur et prometteur.

Une maman aveugle: «Si l’on me donne de quoi mettre dans la marmite, je libère l’enfant».

Photo: jambogyuri/pixabay, creative commons

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