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Editorial, par Samuel Morard, stagiaire MIDE, 4 octobre 2018

2018 10 04 ED droit alimentation«Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné»
Jean Ziegler

La fatalité était autrefois évoquée pour expliquer la malnutrition infantile, mais pas la violation de droits. Si cette problématique est connue depuis l’aube de l’humanité, son appréhension en termes de droits humains est relativement récente. Les solutions contre la sous-nutrition sont désormais connues, et la production agricole suffit largement pour couvrir les besoins alimentaires de tous les terriens. Le droit à l’alimentation a été reconnu dans le droit international à partir d’un constat: une quantité de nourriture suffisante ne garantit pas que chacun y ait accès. Parmi les personnes les plus vulnérables: les enfants. Ceux-ci ont été les premiers à voir leur droit à l’alimentation consacré dans la Déclaration de Genève de 1924, qui stipule que «l’enfant qui a faim doit être nourri» (art. 2). De nature contraignante, la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) de 1989 adopte une vision plus large de la nutrition en incluant l’alimentation, la santé, les soins, les conditions de vie, ainsi que les principes fondamentaux de l'intérêt supérieur, de la non-discrimination, du droit à la vie, à la survie et au développement.

La sous-alimentation devrait donc n’être plus qu’une préoccupation d’historiens… Et pourtant! Le dernier Rapport sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde (2018) montre que le nombre de personnes souffrant de la faim a encore augmenté, pour atteindre 821 millions (soit une sur neuf). Les enfants sont proportionnellement plus touchés, puisque 151 millions des moins de cinq ans (soit plus d’un sur cinq) présentent un retard de croissance, et l’émaciation menace la vie de 50 millions d’entre eux. Bien qu’écartés des statistiques, les enfants de plus de cinq ans ne sont certainement pas mieux lotis. Carencés dès leur venue au monde, ils sont exposés à «un risque plus élevé d’être atteints de déficiences cognitives, de connaître des difficultés durant leur vie scolaire et professionnelle, et de décéder des suites d’infections» (rapport 2017). Près de la moitié des décès d’enfants sont liés à la sous-alimentation, soit plus de trois millions d’enfants de moins de cinq ans chaque année. Immense est donc le charnier qui chaque jour se remplit des victimes de la faim.

A l’heure où une terrible guerre ravage leur pays, beaucoup de Yéménites, comme la petite Zaïra, née dans le Nord du pays il y a trois ans, n’ont plus les moyens de se payer des denrées alimentaires, dont le prix a augmenté de 68 % depuis 2015. Save the Children lance l’alerte: 5,2 millions d’enfants encourent le risque de décéder de sous-alimentation. Les Etats ayant ratifié la CDE se sont engagés à ce que l’intérêt supérieur de l’enfant soit une considération primordiale (art. 3): la vie d’un enfant doit donc prévaloir sur d’autres enjeux, qu’ils soient politiques, géopolitiques ou économiques. Qu’en est-il alors du droit à l’alimentation de Zaïra, aujourd’hui morte de faim après une agonie aussi lente qu’atroce?

Photo: © UNICEF/Yasin (Une mère emmène son enfant voir un médecin à l'hôpital Al-Sabeen au Yémen le 4 juin 2015)

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