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Brochure du CAS Enfants Victimes, Enfants Témoins: la Parole de l’Enfant en Justice - septembre 2018 > mars 2020

Editorial, par Evelyne Monnay pour l'ADEM, 16 juin 2018

2018 06 16 sowetoLa Journée de l’enfant africain est organisée chaque année depuis le 16 juin 1991 par l'Organisation de l'unité africaine, devenue Union africaine, en souvenir du massacre, le 16 juin 1976 et les jours qui suivirent, à Soweto en Afrique du Sud, de centaines d’enfants suite à une marche pour leurs droits. En réponse à une décision du gouvernement de l'époque d'imposer l'afrikaans (la langue des Boers qui ont instauré l'apartheid) pour l'enseignement de certaines matières, des milliers d’élèves noirs ont manifesté ce jour-là pour protester contre la qualité inférieure de leur éducation et exiger un enseignement dispensé dans leur langue. Les estimations du nombre de personnes ayant perdu la vie dans la répression des «émeutes de Soweto» qui s'ensuivirent s'étalent entre 180 et 700 personnes environ*.

En 2018, le thème choisi par l'Union africaine pour la célébration de la Journée de l’enfant africain, est «Leave no child behind for Africa’s development», en référence aux Objectifs de développement durable (ODD) posés par l'ONU pour l'horizon 2030. Or, une petite partie des jeunes laissés pour compte du développement continental a franchi vents et marées et bien plus encore pour trouver refuge dans nos démocraties occidentales. Dès lors, le défi premier pour nos sociétés consiste à «intégrer» ces enfants fort volontaires, de sorte à mettre en œuvre de façon non-discriminatoire sur nos territoires les principes énoncés dans la Convention relative aux droits de l'enfant des Nations-Unies (CDE) - c'est d'ailleurs sur ce thème que se pencheront les professionnels qui se réunissent en novembre pour le colloque annuel de l'ADEM. Une intégration qui se déploie de concert avec la participation de l'enfant, principe fondamental tant de la CDE que de son pendant africain, la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant.

Mais qu'en est-il des enfants ayant migré en tant qu'acteurs du développement de leur pays d'origine? Ceux-ci bénéficient d'un droit inaliénable à conserver des liens avec leurs origines, notamment en ce qui concerne leur langue, leur religion, leur culture et les relations avec leurs proches, qui sont constitutifs de leur identité (art.8 et 30 CDE). Qu'en est-il, dès lors, de (la poursuite de) leur intégration à leurs sociétés d'origine? Cette participation-là au développement des droits de l'enfant africain est-elle favorisée en Suisse? Ou se trouve-t-on dans un modèle d'intégration/participation, s'il en est, qui profite uniquement à la société d'accueil et aux enfants d'origine africaine qui s'y trouvent?

Une étude menée en juillet 2015 par le Conseil suisse des activités de jeunesse s'est penchée sur la participation des «enfants en déplacement» en Suisse. Elle relève que cette dernière fait l'objet de quelques initiatives mais qu'elle reste marginale et surtout non coordonnée au niveau national (p.18). En raison probablement de la prégnance pour les jeunes des difficultés quotidiennes liées à l'intégration mais également et surtout de l'orientation prise pour la recherche, les questions abordées concernent exclusivement la participation de ces jeunes en Suisse.

C'est alors peut-être en revenant à un niveau plus global que la question de l'implication des enfants africains de Suisse dans cette réalisation des ODD dans leurs pays d'origine pourra être soulevée. En effet, la Journée de débat général 2018 du CDE, qui aura lieu durant sa 79e session le 28 septembre au Palais des Nations à Genève portera sur le thème: «Protéger et soutenir les enfants en tant que défenseurs des droits humains».

Espérons que les enfants d'origine africaine ayant migré en Suisse seront nombreux à y prendre part, afin de faire converger leurs participations en tant que membre d'un pays d'accueil, tout comme en tant que diaspora d'un pays d'origine, vers peut-être un nouveau modèle de développement allant au-delà des frontières et porté par une jeunesse concernée.

*Jeune Afrique, Comité africain d'experts sur les droits et le bien-être de l'enfant, Wikipédia

Photo: Hector Pieterson memorial, Martyn Smith, flickr/creative commons