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Rencontres sur la participation de l'enfant - 13 et 14 novembre 2018 - Genève

Editorial, par Claire Littaye*, 28 mai 2018

2018 05 28 ED ashbal lionceaux califatIl y a ceux qui partent faire le Jihad en Irak ou en Syrie et qui n’ont parfois pas encore atteint leur majorité. Puis il y a ceux qui naissent au sein de l’État islamique, de parents occidentaux radicalisés, ou de parents syriens. Ces enfants naissent au cœur du projet politico-religieux de l’État islamique qui entend former la relève qui assurera l’établissement et le déploiement d’un Califat. Dès 4 ans, les garçons sont formés au maniement des armes, confrontés aux exécutions et soumis à une intense propagande. Quant aux filles elles sont destinées à devenir les futures épouses des martyrs et les mères des futurs combattants. La perspective de mourir pour le drapeau islamique est métamorphosée en la promesse d’une gloire héroïque et éternelle.

En échange de ballades en voiture, de friandises, des promesses d’un paradis idyllique, l’enfant, dont les jeux sont de simuler des combats et des égorgements, n’hésitera pas longtemps avant d’accepter d’appuyer sur un bouton qui le fera exploser au milieu d’une place publique. Le jeu n’est-il pas une forme de réalité? Dans des camps d’entraînement qui leurs sont dédiés, ils apprennent à tirer, à courir avec un fusil, à chanter et à prier à l’unisson. A l’école, ils apprennent à compter avec des grenades et à lire avec le Coran.

Alors quels avenirs pour ces enfants? Au-delà de la question du choix, d’une démarche subie ou volontaire, d’un écueil fataliste, il existe aujourd’hui des outils juridiques et une réglementation, comme la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989 et son Protocole additionnel sur l’implication d’enfants dans les conflits armés, qui bornent les seuils de l’intolérable et qui guident les programmes de démobilisation et de réinsertion. Le cas des enfants de Daesh a ceci de particulier que ces enfants ont été éduqués pour tuer et mourir et n’ont pas d’autres repères que ceux de la violence justifiée par la haine et la loi du Talion. Ce qui est barbare pour certains est pour eux normalité.

L’enjeu des avenirs à proposer à ceux qui reviennent aujourd’hui en Europe est celui d’un nouvel apprentissage sur fond de guerre et de violence. Il n’y a très souvent pas de souvenirs d’un «avant la guerre» heureux auquel les rattacher. Quelle résilience mettre au travail? Quels repères convoquer? Quels leviers actionner? Quel accompagnement et quelles modalités de prise en charge pour des enfants qui en plus d’avoir perdu les repères d’un quotidien disparu se retrouvent souvent privés de leurs parents, morts ou en prison? Entre déconstruction d’une instrumentalisation et reconstruction subjective, l’enjeu est celui d’un sujet qui se construit au contact du monde dans lequel il grandit mais aussi des racines qui sont les siennes et dont il ne peut se passer.

Pour aller plus loin:

  • Reportage de Thomas Danois et François-Xavier Trégan intitulé «Ashbal - Les lionceaux du Califat» de 2017.
    Photo: affiche du reportage.
  • Voir aussi: Congrès mondial sur la justice pour enfants, en ce moment à Paris (28 au 30 mai 2018).

*Claire Littaye effectue une thèse sur les trajectoires de jeunes radicalisés sous la direction de Fethi Benslama à l'Université Paris Diderot (Paris 7).

NB: L'éditorial ne reflète pas nécessairement les vues de la direction et de l'équipe IDE.

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