Editorial, par Zoé Desjacques et Emilie Tatar, étudiantes du MIDE

2018 03 08 conge matLorsque l’on parle de violence étatique, l’esprit humain fait généralement le lien avec un régime répressif et autoritaire. Dans ce cas de figure, la Suisse en serait alors exempte. Pourrait-on cependant considérer que ce phénomène puisse se manifester sous d’autres formes? Une législation qui mettrait à mal le développement d’un enfant et la relation qu’il entretient avec sa mère ne pourrait-elle pas être qualifiée de violence étatique?

Dans le cadre du congé maternité en Suisse, et contrairement aux recommandations de l’OMS, le retour des mères au travail se fait dès la quinzième semaine suivant la naissance, contraignant ces dernières et leur(s) enfant(s) à une séparation, et donc un sevrage, parfois trop rapide et brutale. De cette situation peuvent découler de lourdes conséquences sur le développement de l’enfant. La Confédération se rendrait-elle alors responsable d’une forme de maltraitance infantile?

Le sevrage: un processus propre à chaque dyade mère-enfant

Chaque relation mère-enfant étant différente, le couple parental devrait avoir la possibilité d’adapter son congé en fonction de ses besoins et de ceux de son enfant; adaptation que la loi suisse, avec un minimum de seulement quatorze semaines de congé maternité, ne permet pas. Dans un laps de temps aussi court, l’arrêt (partiel ou total) de l’allaitement et la tiercéisation de la relation (entrée du père comme élément facilitateur de la séparation mère-enfant) ne peuvent se faire de façon harmonieuse. En effet, le sevrage est un processus délicat, tant psychiquement que physiquement, et requiert une écoute mutuelle.

Les conséquences d’une échéance trop courte

Les effets d’un sevrage mal effectué, car précipité, sont multiples. La mère, en tant que caregiver et base sécurisante, rassure et accompagne son enfant tout au long du processus afin de créer un attachement sécure. Cette dernière peut, lorsqu’elle est stressée par le spectre d’une séparation imminente, transmettre cette angoisse à son enfant. La transmission peut se faire tant par le cortisol (hormone du stress) présent dans le lait maternel que par son attitude, c’est-à-dire une mère psychiquement moins présente et moins à l’écoute de son bébé. Une telle situation peut alors générer des troubles fonctionnels chez l’enfant.

Il semble donc important de se poser la question de l’adaptation du congé aux besoins de chaque ménage. Il serait peut-être judicieux de s’aligner sur les recommandations de l’OMS ainsi que de permettre une flexibilité dans l’aménagement du congé maternité. En ce sens, la durée minimum pourrait être fixée à six mois, sans pour autant constituer une obligation pour la mère. Ce faisant, les dyades mère-enfant ayant besoin de plus de quatorze semaines pourraient bénéficier d’une période adéquate à la réalisation d’un sevrage réussi. La durée d’une période aussi importante que le congé maternité devrait donc pouvoir être décidée au cas par cas, et non constituer une menace pour le développement d’un enfant.

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Photo: Stefan Malmesjö, flickr/creative commons

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