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Rencontres sur la participation de l'enfant - 13 et 14 novembre 2018 - Genève

Editorial, par Daniel Stoecklin, 23 février 2018

2018 02 22 esr traduction

L’Observation générale no 21 du Comité des droits de l’enfant (CDE) porte sur les «enfants en situations de rue». Comme cela est usuel, c’est la version anglaise «General Comment on Children in Street Situations» qui est d’abord adoptée, et elle est ensuite traduite dans les autres langues officielles des Nations unies (français, espagnol, chinois, arabe). Malheureusement, une erreur de traduction s’est produite. La version française est «Observation générale sur les enfants des rues». Dans la version espagnole on reprend également l’expression «enfants des rues» (niños de la calle). L’expression chinoise 街头流浪儿童 (jietou liulang ertong) n’est pas non plus une traduction fidèle à «enfants en situations de rue» car elle désigne des «enfants errant dans les rues».

Ces traductions sont erronées et le Comité, interpellé par plusieurs personnes (dont le soussigné) affirme avoir «constaté cette anomalie sans pouvoir en déceler les justifications» (communication personnelle), et s’est engagé à apporter un «corrigendum». Cela permettra de rétablir la cohérence avec la terminologie officielle du CDE qui, depuis 2009, a adopté l’expression «enfants en situations de rue», sous l’impulsion notamment de Jean Zermatten qui en était alors le président (Stoecklin, 2017). L’appel à contribution dans le cadre de cette observation a donc été fait sous l’intitulé «enfants en situations de rue».

Parmi les acteurs de terrain, Edwin de Boevé, Directeur de Dynamo international, relève dans son mail du 24 janvier au CDE que «De fait, le terme «enfants en situation de rue» illustre bien ce que l’observation générale démontre, à savoir le fait qu’il s’agit ici d’enfants… «qui ont tissé des liens étroits avec les lieux publics et pour qui la rue est un élément essentiel de leur identité et de leur vie quotidienne». Des enfants qui se retrouvent pour une période courte, moyenne ou longue dans la rue et ce pour des raisons multiples et variées. Chaque situation d’enfant est dans ce sens unique et singulière. La «situation de rue» exprime bien le fait qu’il s’agit donc bien d’un passage, d’une dynamique et que la situation n'est pas figée».

L’accent mis sur la dynamique de la situation de rue, et donc sur des causes qui ne peuvent être réduites à la responsabilité de l’enfant ou de ses parents, permet d’éviter la stigmatisation attachée à l’expression «enfants des rues». Pour bien comprendre la différence fondamentale entre ces deux expressions, il suffit de prendre un cas concret et de remplacer le mot enfant par n’importe quel prénom. Entre «Pascal des rues» et «Pascal en situation de rue» il y a un fossé: la première appellation est une réduction stigmatisante, faisant de Pascal un épouvantail qui porterait en lui les caractéristiques de la rue. Tandis que la seconde amène à comprendre la situation vécue par Pascal comme une recherche de solution transitoire à ses problèmes. Les conséquences sont importantes: répression ou victimisation larmoyante d’un côté, accompagnement d’un enfant dans l’exercice de ses droits de l’autre. Au-delà de l’erreur de traduction littérale, la question n’est donc pas uniquement rhétorique: elle met en péril l'esprit même de l’observation générale, en véhiculant des images et des approches rétrogrades. Il est donc heureux que le Comité corrige rapidement l’erreur.

*Stoecklin, D. (2017). The General Comment on Children in Street Situations: Insights into the Institutionalisation of Children’s Rights. The International Journal of Children’s Rights. Vol. 25, Issue 4, pp. 817-869. DOI: 10.1163/15718182-02503014

NB: L'éditorial ne reflète pas nécessairement les vues de la direction et de l'équipe IDE.

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Photo: Jeanne Menjoulet, flickr/creative commons