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Editorial, par Daniel Stoecklin, 18 novembre 2016

coutureOn estime à 3 millions le nombre d’enfants syriens privés d’instruction scolaire. Privés d’éducation, envoyés au travail, à cause de la guerre. C’est le cas notamment en Turquie. Plusieurs sources confirment le phénomène: avec la guerre en Syrie, les familles qui ont fui vers la Turquie pour échapper au groupe Etat islamique envoient leurs enfants au travail pour contribuer à payer des loyers exorbitants. Les enfants sont pris au piège, coincés entre la loyauté familiale et l’exploitation des patrons.

Un reportage de France 24 montre des enfants syriens travaillant dans les magasins, sur les marchés et dans des usines turques, notamment dans la confection d’habits, y compris en manipulant des produits chimiques hautement toxiques sans équipement de protection. On y fabrique surtout des jeans, et les enfants y sont employés à la découpe. Ces enfants travaillent 8 à 10 heures par jour, et ceci 6 jours sur 7, dans des dizaines d’ateliers clandestins en périphérie des villes turques.

Le reportage de France 24 suit deux frères, âgés de 10 et 12 ans. De gros ciseaux de couture ont remplacés leurs stylos: «On est obligé de travailler, notre famille n’a pas assez d’argent, on ne peut plus aller à l’école» (Ali, 12 ans). Son petit frère regrette l’école en Syrie: «J’ai hâte de retourner à l’école, parce que je ne sais ni lire ni écrire» (Yazan, 10 ans). Le patron est un jeune Syrien. Selon lui, il rend service à ces enfants dont les parents le supplient de les «laisser travailler» car ils ont besoin d’argent pour payer le loyer (200 euros par mois pour un rez-de-chaussée insalubre).

Dans d’autres ateliers, les jeans sont colorés par vaporisation et l’air y est irrespirable. Un jeune Syrien de 13 ans y travaille pour un salaire de 25 euros par semaine, trois fois moins que le revenu minimum turc. Les enfants travailleurs syriens sont sous-payés. Pour le patron turc c’est donnant-donnant: «Quand ils sont arrivés les Syriens n’avaient rien, ils étaient à la rue. Nous les avons accueillis à bras ouvert et nous leur avons donné du travail»...

En Turquie, le travail des enfants de moins de 14 ans est interdit, par conséquent les enfants ne sont pas déclarés. Cela pose donc une question que personne n’ose vraiment aborder: qu’en serait-il si le travail des enfants au lieu d’être simplement interdit était régulé? On peut toujours jouer les vierges effarouchées par le travail des enfants et se draper de beaux principes, mais il est sans doute plus responsable d’ouvrir les yeux sur les conditions réelles dans lesquelles vivent les enfants et de trouver, avec eux, et non pas simplement à leur place, des solutions permettant de concilier travail et éducation.

Photo: darkday, flickr/cc

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