Editorial, par Andressa Curry-Messer, 29 septembre 2016

smokeLe paco est un mélange de résidus de cocaïne, de pesticides, de verre moulu, de raticide ou de kérosène et d’autres produits chimiques. C’est une drogue cinquante fois plus forte que la cocaïne, pire que l’héroïne, qui ravage les systèmes nerveux, respiratoire et neurologique. Consommée comme le crack (en la fumant), elle crée une dépendance immédiate. Son effet désinhibiteur, plaisant et sécurisant, dure entre 2 et 5 minutes. Il est suivi d’une dépression et de l’envie de recommencer afin de sortir de l’état dépressif. Le cercle vicieux s’installe très rapidement et en 3 à 4 ans de consommation, la personne perd totalement la notion de la réalité et la capacité d’exprimer ses émotions.

Cette drogue, apparue en Argentine en 2001, après l’effondrement économique du pays, a été élaborée par des trafiquants locaux. Au prix de 50 centimes la dose, elle s’est propagée rapidement dans toute l’Amérique du Sud. Entre 2001 et 2005, sa consommation a augmenté de 200%. Rien qu’en Argentine, on estime à cent cinquante mille les enfants et les jeunes qui la consomment. Certains n’ont que 7 ans!

D’abord considérée comme la drogue des pauvres, elle atteint aujourd’hui la classe moyenne. Toutefois, la majorité des consommateurs demeurent des enfants et des jeunes des classes économiquement et socialement défavorisées.

En Argentine, où la problématique est la plus grave, les ONG s’occupant des personnes dépendantes au paco sont débordées et les centres de réhabilitation ne sont pas nombreux. Quelques actions locales sont menées par des chrétiens et par les mères des enfants et des jeunes, telles que les Madres contra el paco y por la vida.

La grande difficulté se trouve dans la réinsertion de ces personnes, car une fois en dehors du centre de réhabilitation, il n’y a pas de politique de suivi ou de ressources financières à disposition. La responsabilité de la réinsertion de l’ex-dépendant au paco dans la société est intégralement à charge de la famille qui, en général, n’a aucun moyen pour l’aider.
Lorsque les enfants et les jeunes sortent de leur réhabilitation, ils rêvent d’une vie meilleure, de retourner à l’école ou d’obtenir un travail. Mais, face aux difficultés retrouvées, ils rechutent dans la drogue ou optent pour le suicide.

C’est une réalité dans plusieurs pays d’Amérique du Sud, une véritable calamité publique. Le paco extermine des enfants et des familles, leurs droits, leur dignité et tout espoir. Ce fléau doit être traité à la hauteur de sa gravité par des politiques publiques urgentes, des ressources financières et humaines importantes. Cela en collaboration avec tous les secteurs des États concernés: la justice, la police, les professionnels de divers domaines, les familles et la société dans son ensemble.

Image: Laurent HENSCHEN, flickr/cc

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