Editorial, par Faustina Défayes, 22 septembre 2016

lampedusaLe phénomène de la migration a pris une telle ampleur ces dernières années que tout le monde en entend parler au quotidien, dans les médias, dans les cafés, dans les chaumières... Tout le monde, y compris les enfants. Mais comment ces derniers le comprennent-ils? En Occident, que savent les enfants de ce que vivent d’autres enfants? Le sujet est complexe, épineux, douloureux. «Réfugiés», «immigration», «solidarité», voilà des concepts qui peuvent être difficiles à expliquer. C’est pourtant essentiel: l’horreur et la peur qui poussent des millions de familles à quitter leur pays, les enjeux de ces déplacements pour les pays d’accueil et pour les personnes en exil sont des questions qui agitent notre monde à grande échelle. Les enfants aussi doivent en être informés.

Les livres peuvent être un bon outil pour raconter aux enfants, d’une manière adaptée à leur âge, ce que vivent les personnes migrantes. Sous forme didactique (Eux, c’est nous1) ou fictionnelle (La traversée2) par exemple, ils peuvent apprendre à l’enfant que la migration, la peur de l’autre, la solidarité sont des questions qui ont traversé l’histoire. Les livres peuvent également, en évoquant les notions de respect et d’aide, sensibiliser le jeune lecteur aux droits humains de chacune des personnes migrantes. Les deux ouvrages cités en exemples soulignent le fait qu’on emploie souvent des termes collectifs et dépersonnalisants («foule», «masse», «marée») pour parler d’individus, certes nombreux, mais qui ont chacun leur vie et leurs droits.

Des souffrances endurées dans leur pays à leur périple pour les fuir, leur droit à la vie est souvent menacé – «Depuis le début de l’année 2015, la Méditerranée s’est transformée en véritable tombeau: plus de 3000 hommes, femmes et enfants y ont perdu la vie en tentant une traversée» (Eux, c’est nous, p. 22) – de même que leur droit d’être protégés contre la violence. Dans leur pays, parfois hélas aussi dans le pays d’accueil, ils peuvent être discriminés. D’autres fois, les enfants sont séparés de leur famille en cours de route, en cours de traversée. Leur droit au développement en devient alors sérieusement compromis. Ce ne sont là que des exemples flagrants de mise en péril des droits de ces nombreux enfants migrants: «Quand le navire avait quitté la plage, Sam avait approximativement compté leur nombre, tant la surcharge l’effrayait. Des hommes, des femmes, des enfants. – Trop d’enfants, marmonna Sam pour lui-même.» (La traversée, pp. 10-11).

En lisant de tels ouvrages, les enfants européens comprennent que ces enfants venus d’ailleurs, subissant la violence ou la misère – «N’est-il pas aussi humain de fuir la misère que la violence?» (Eux, c’est nous, p. 26) – et traversant la Méditerranée au péril de leur vie sans forcément l’avoir choisi, pour gagner l’Europe et un peu d’espoir... ces enfants-là, au fond, ce pourraient être eux.

1 Daniel Pennac, Serge Bloch, Jessie Magana, Carole Saturno, Eux, c’est nous, Les Editeurs jeunesse avec les réfugiés, France, 2015.
2 Jean-Christophe Tixier, La traversée, Rageot, Paris, 2015.

Photo: Noborder Network, flickr/creative commons

NB: L'éditorial ne reflète pas nécessairement les vues de la direction et de l'équipe IDE.

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