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Editorial, par Daniel Stoecklin, 10 août 2016

terrorismeLa succession des attentats a entraîné la nécessité d’expliquer aux enfants ce qu’est le terrorisme. Mais il est également nécessaire d’entendre ce qu’ils ont à dire à propos de ces évènements qui les touchent de toutes manières.

Suite aux attentats de janvier et de novembre 2015 à Paris, plusieurs colonnes ont été ouvertes dans les médias sur le thème de «comment parler du terrorisme aux enfants?». Les conseils étaient et sont toujours valables: «Il faut dire la vérité aux enfants. Surtout ne pas sous-estimer leur capacité à entendre des choses dérangeantes et horribles. (...) Le mensonge et le déni peuvent laisser chez eux des séquelles et des complexes»1. L’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun rappelle d’ailleurs que beaucoup de contes pour enfants sont pleins de cruauté, mais qu’ils permettent justement d’illustrer la lutte du bien contre le mal.

Par rapport au conte imaginaire, un autre problème se pose cependant avec le terrorisme: c’est celui de définir, pour un enfant, ce qu’est un terroriste, alors que les adultes eux-mêmes ne s’accordent pas sur cette définition2. Présenter aux enfants les terroristes comme des fous est alors une tentation bien compréhensible, mais cela ne correspond pas exactement à la réalité. Il est évident que le niveau de discernement de l’enfant va être le principal facteur qui conditionne les nuances qu’on doit apporter à un discours qui ne doit être ni trop simplistes, car porteur d’amalgames dommageables, ni trop complexe et donc inaudible.

Le dialogue sur cette question délicate est d’autant plus nécessaire que tout un chacun est susceptible de se construire une représentation très émotionnelle qui peut renforcer l’angoisse et, par voie de conséquence, la discrimination à l’égard de quiconque ressemblerait, ne serait-ce qu’en apparence, à un terroriste.

Au-delà des enfants qui sont directement touchés par la violence terroriste, et qui nécessairement sont entendus et suivis par des professionnels, on doit aussi donner la parole à tous les enfants puisqu’ils sont touchés par ce phénomène. Le droit de l’enfant d’être entendu (art. 12 de la Convention des droits de l’enfant) sur tout ce qui le concerne s’applique ici aussi. Cet article s’applique non seulement aux enfants en tant qu’individus mais aussi en tant que groupe. Or ce groupe est actuellement très peu écouté sur la question.

Il n’y a aucune raison de laisser aux adultes seuls, et à certains adultes en particulier, le droit de dire aux enfants ce qu’ils doivent en penser. Car de la perception et des représentations des enfants dépend aussi le vivre ensemble. Taire les enfants ne peut que favoriser le terrorisme.

1 Interview de Tahar Ben Jelloun, dans Le Temps, 30 novembre 2015

2 Jenny Raflik (2016). Terrorisme et mondialisation. Approches historiques. Paris: Gallimard.

Photo: frankieleon, flickr/creative commons

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