Editorial, par Daniel Stoecklin, 14 juillet 2016

societes en mouvementDu 4 au 8 juillet s’est tenu à Montréal le XXe Congrès de l’Association internationale des sociologues de langue français (AISLF), organisé en collaboration avec l’université de Montréal et l’université du Québec à Montréal, consacré au thème «Sociétés en mouvement. Sociologie en changement». Il a réuni 1 500 participants, venus du monde entier, qui ont échangé sur les changements profonds qui affectent les sociétés contemporaines et la nécessité concomitante de (re)mobiliser «l’imagination sociologique».

Plusieurs questions transversales ont une importance particulière concernant l’enfance et les droits de l’enfant. La sociologie a émergé en Europe dans une période de modernisation (seconde moitié du 19ème siècle) marquée par la centralité de l’Etat-nation. Or, depuis maintenant près de trois décennies, l’Etat se délite sous l’effet de la mondialisation. Les droits de l’enfant eux-mêmes reposent sur des mécanismes considérant l’Etat comme une entité souveraine, alors même que la financiarisation et la circulation du pouvoir, et donc de la responsabilité sociale, remet en cause cette centralité des institutions étatiques. Cela oblige donc à revoir les concepts classiques, à en mobiliser de nouveaux et à redéfinir les objets d’étude de manière inter- et transdisciplinaires.

Parmi ces objets d’étude, l’ère du numérique est une problématique très importante. Le lien social est en partie reconfiguré par internet. Cependant, les recherches montrent que la séparation entre le monde réel et le monde virtuel est une fausse dichotomie: les réseaux de relations à travers internet viennent davantage doubler que remplacer les interactions de face-à-face. Le concept de «multiplexité» rend compte de la complexification des relations sociales suscitées par les réseaux sociaux. L’hyperconnection, la surexposition de soi et la précarisation du travail («cliqueur» ou «likeur») comptent parmi les effets de la révolution technologique. Les relations entre humains et non-humains révèlent des déplacements de «frontières»: les objets (internet, téléphones portables, technologies, etc.) sont considérés comme partie prenante des interactions. En un sens, les objets inanimés «agissent» dès lors qu’ils sont «agis». Cette influence des objets amène à revisiter les théories de l’action, et questionne le statut juridique des êtres (adultes, enfants, animaux, robots...).

Dès lors, les variables courantes en sciences sociales (âge, classe sociale, genre, catégories sociales, groupes, statuts juridiques) doivent être revisitées pour pouvoir comprendre les défis sociaux actuels et questionner les fonctionnements institutionnels (école, famille, protection de l’enfance, loisirs organisés). Ces défis concernent nombre de situations présentées et discutées à Montréal (citoyenneté, migrations, crise économique, radicalisation, violence, deuil). Il semble bien que la recomposition inter- et transdisciplinaire du travail scientifique émerge de nouvelles réalités sociales et non pas, d’abord, d’une politique académique.

Photo: Eric Fischer, flickr/creative commons

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