Editorial, par Daniel Stoecklin, 14 juin 2016

convention audio avec legende2Aussi surprenant que cela paraisse, les versions audio de la Convention des droits de l’enfant font défaut. On pense probablement que la version en braille est suffisante pour rendre accessibles les droits de l’enfant aux non-voyants. Demandons aux principaux intéressés ce qu’il en est.

Mehdi Malakane est un jeune non-voyant, membre du Parlement des jeunes du Maroc, rencontré lors de l’atelier sur la participation des enfants, organisé le 20 avril 2016 à Rabat. Né en 2001, Medhi souffre d’un glaucome congénital. Il a cependant recouvré la vue pendant trois ans, entre l’âge de 5 et 8 ans. Aujourd’hui, il se dit heureux malgré son handicap, et peut-être aussi grâce à lui. Il maîtrise plusieurs langages informatiques et s’est spécialisé dans la création de sites web. Il crée le noyau dur et d’autres font le design. Du fait qu’il a pu voir dans sa prime enfance, Mehdi peut aujourd’hui se représenter les couleurs et cela lui est précieux pour comprendre comment le design « habille » ses produits.

Il y a 40 millions de non-voyants dans le monde qui ont accès à l’informatique. Mehdi élabore aussi des sites web pour les non-voyants. La version braille de la Convention relative aux droits de l’enfant est donc également accessible par ce moyen. Cependant, quand on lui demande ce qui reste à faire pour améliorer l’accès des enfants non voyants à leurs droits, Mehdi répond qu’il existe bien une version en braille imprimée dans son pays (en arabe), mais qu’on devrait aussi convertir la convention en une version audio. Il n’est pas certain qu’il existe une version braille dans toutes les langues. Une version audio dans chaque langue permettrait donc de renforcer la diffusion de la convention parmi les non-voyants. Plus largement, la sensibilisation aux droits de l’enfant passe aussi par des moyens audiovisuels, permettant de toucher un plus vaste public qui ne peut pas encore (ou plus...) lire. 

Une chose est certaine, l’apport d’un non-voyant dans un parlement de jeunes est incontestable. Mehdi a rejoint le Parlement des jeunes du Maroc en 2014. Quand on lui demande ce que ça signifie pour lui de représenter les non-voyants, il répond : « Mon cerveau amène quelque chose de différent. » Et parmi les droits qui le touchent plus particulièrement, il y a le droit à l’éducation : « Malheureusement, malgré les efforts de l’Etat, il y a toujours des élèves qui arrêtent leurs études, soit pour des raisons matérielles, soit pour des difficultés d'accès à l’école. » Il cite également le droit à une famille : « On parle ici des enfants abandonnés qui vivent dans des institutions et pour qui on doit trouver des familles d'accueil. » L’exemple de Mehdi devrait nous inciter à être davantage à la hauteur des attentes et des apports de tous les enfants non voyants.

Photo : Daniel Stoecklin

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