Editorial, par Daniel Stoecklin, 6 avril 2016

enfants ref syrieAujourd’hui pas davantage qu’au début de la « crise des migrants » (il y a plus de 6 mois) on ne parle spécifiquement des enfants parmi eux. Or, tous les pays concernés ont ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant. Celle-ci implique que l’on considère ces enfants avant tout comme des enfants en situation particulièrement difficile et par conséquent ayant droit à une protection spéciale, et non pas en premier lieu comme des « migrants » ou des « réfugiés » dont on se demande si on a les moyens de les accueillir.

Cela éclaire de manière critique les absences de plusieurs délégations constatées lors de l’appel de l’ONU du 30 mars, dans lequel Ban Ki-Moon a exhorté les pays européens à alléger la charge des pays limitrophes de la Syrie en accueillant 10% des 4,8 millions de réfugiés qui s’y trouvent. Cet appel a été « peu entendu » et certains pays européens n’ont même pas envoyé de délégation à la conférence de Genève. Depuis fin 2014, une trentaine de pays avaient accepté de prendre 180.000 réfugiés. C’est 300.000 de moins que ce que demande aujourd’hui l’ONU. Par ailleurs, l’ONG Oxfam a indiqué le 29 mars que les pays riches n’ont réinstallé qu’une fraction des réfugiés : selon elle, à ce jour seulement 67.100 personnes, soit 1,39% des réfugiés. L’ONG britannique demande aux pays riches de prendre au moins 480.000 réfugiés, chiffre et exigence tous deux repris le lendemain par l’ONU. C’est en tout cas un signal clair que cela est réaliste.

A ce jour, les seuls pays riches qui ont fait un effort considérable (davantage que ce qu’ils étaient censés faire par rapport à leur poids économique) sont le Canada, l’Allemagne et la Norvège. A l’autre bout du continuum, on trouve la France qui ne s’est engagée à prendre que 1.000 réfugiés syriens sur les 26.000 qu’elle devrait en principe accueillir. Comment expliquer de telles différences ? Les opinions publiques réagissent en premier lieu par rapport à la représentation qu’elles se font des réfugiés et non pas à la réalité des réfugiés. La réalité des enfants en particulier n’est que très peu documentée. On voit pourtant beaucoup d’enfants sur les images diffusées par les chaînes de télévision. Sans doute les opinions publiques changeront-elles lorsque ces enfants auront également une voix, eux qui pour l’instant ne sont pas vraiment interviewés. Car il est un droit de l’enfant qui est celui d’être écouté et pris au sérieux (article 12). Ce droit, comme tous les autres, n’est pas optionnel. Les pays qui ont ratifié la Convention des droits de l’enfant se sont engagés à le respecter.

En lieu et place, la tentation de la chaise vide est une stratégie cynique et pernicieuse. C’est une tentation qui prive de dignité d’innombrables enfants ainsi que leurs parents, mais aussi les citoyens des pays qui se proclament porteurs des droits humains.

Photo : Freedom House, flickr/creative commons

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