Editorial, par Claire Littaye, 25 février 2014

En 2010, le Centre fédéral allemand pour l’éducation à la santé (BZgA) publiait les Standards pour l’éducation sexuelle en Europe, dont l’initiative fut lancée par le bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2008. Ce document, dont le but est de constituer un cadre de référence pour l’instauration d’une éducation sexuelle et de promouvoir la santé sexuelle dans chacun des pays européens, fait couler beaucoup d’encre, notamment depuis sa parution en français en novembre 2013, alors même que la loi française du mariage pour tous et ses implications sont au cœur des débats publics les plus controversés.

Ces Standards européens résultent de la combinaison de plusieurs facteurs qui se sont développés au cours des dernières décennies, tels que la migration de populations d’horizons culturels et religieux différents, l’incidence des médias sur l’hyper sexualisation, l’évolution des comportements sexuels des jeunes, la lutte croissante contre les abus sexuels perpétrés contre les enfants et les adolescents, etc.

Ils sont fondés sur trois objectifs spécifiques : Proposer une éducation sexuelle holistique qui englobe une conception large de la sexualité en tant qu’elle « est un aspect central de l’être humain, qu’elle n’est pas limitée à certains groupes d’âge, qu’elle est étroitement liée aux genres, qu’elle inclut les différentes orientations sexuelles et qu’elle va bien au-delà de la reproduction. » « La sexualité ne couvre pas seulement des éléments comportementaux » et « elle peut varier fortement en fonction d’un grand nombre d’influences. » (p.17). Ainsi, cette éducation doit-elle commencer tôt, être adaptée à l’âge et être pluridisciplinaire. Il s’agit ensuite de proposer une approche professionnelle positive qui ne focalise pas l’éducation sur les problèmes et leurs préventions mais qui soit plus positive et en phase avec la curiosité, les intérêts, les besoins et les expériences réelles des jeunes. Enfin, le document se concentre sur l’éducation sexuelle en milieu scolaire pour permettre aux enfants d’acquérir « des connaissances, des attitudes et des compétences spécifiques » (p.10) tout en précisant qu'elles ne sont pas substituables au développement et à l’apprentissage individuel en milieu familial. Cette éducation doit être à la fois informelle et formelle, de manière complémentaire.

Alors même qu'une part importante de l’opinion publique voit ces Standards comme allant à l'encontre de l’intégrité des enfants et du respect de leur pudeur, le texte s’inscrit clairement dans la ligne de la Convention onusienne des Droits de l’Enfant (CDE) et propose un cadre de référence visant à soutenir les Etats dans le respect des principes de cette Convention. Les Standards font explicitement référence au droit pour l’enfant de s’exprimer librement, de chercher, de recevoir et de transmettre des informations (art. 13), au droit d’être protégé contre toute forme de violences y compris sexuelles et impliquant des mesures informatives et éducatives (art. 19), au droit de jouir du meilleur état de santé possible (art.24) et au droit à une éducation qui favorise son développement et son épanouissement personnel (art. 28 et 29). La CDE entend permettre aux enfants de n’être pas uniquement sujets de lois mais aussi et surtout acteurs de leurs droits, et pour cela, ils doivent avoir accès à une éducation qui les prépare pleinement et librement à assumer leurs responsabilités et leurs choix et ce dans un esprit de compréhension et de tolérance.

Comment ces standards peuvent-ils être mieux acceptés, compris et intégrés dans les dynamiques socioculturelles européennes et actuelles ? Sans doute est-ce là le vrai défi…

NB : L'éditorial ne reflète pas forcément les vues de la direction et de l'équipe IDE.

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