Editorial, par Daniel Stoecklin, 3 mars 2016

droits humainsLe rapport d’Amnesty International, publié le 24 février 2016, montre que les institutions qui protègent les droits humains sont en danger : « Au lieu de reconnaître le rôle essentiel que ces personnes jouent dans la société, de nombreux gouvernements ont entrepris délibérément d’étouffer toute voix critique dans leur pays ». Le droit à la liberté d’expression est ainsi menacé, voire bafoué, par des gouvernements qui cherchent à « rendre les droits humains indésirables, en les présentant comme contraires à la sécurité nationale, à l’ordre public et aux valeurs nationales ».

On relève que la Suisse n’est pas exempte de critiques : par la voix de Manon Schick, directrice de sa Section suisse, Amnesty International dénonce le climat hostile entretenu par certaines initiatives populaires qui « cherchent à miner les institutions et mécanismes internationaux de protection des droits humains et à en extraire la Suisse en s’appuyant sur les notions de sécurité et de valeurs nationales ». Mais au-delà des violations spécifiques des droits humains en fonction des contextes nationaux et locaux, le dénigrement des droits humains appelle une réflexion en amont.

Il s’agit de réfléchir aux conditions de production d’un tel dénigrement. Autrement dit, la question est : qu’est-ce qui permet à une autorité, quelle qu’elle soit (gouvernement, parti politique, particulier) de faire passer la protection des droits humains comme une menace contre la sécurité, la loi et l’ordre ? Qu’est-ce qui lui donne cette capacité ? Une analyse des « cadrages », en suivant le sociologue Erving Goffman, est ici utile. Selon Goffman, « toute définition de situation est construite selon des principes d’organisation qui structurent les événements (...). Le terme « cadre » désigne ces éléments de base »1.

Il s’agit donc d’étudier les principes d’organisation des « cadres de l’expérience » (entendue comme notre expérience quotidienne), et en particulier pourquoi certains ont plus de chances que d’autres d’imposer leurs cadrages. Quelles sont les ressources et les règles sur lesquelles s’appuient ceux qui cherchent à (et dans certains cas y parviennent) présenter les droits humains comme contraires à la sécurité, voire à l’identité nationale ?

Les droits de l’enfant et leur promotion requièrent toujours une analyse du pouvoir : pouvoir d’instituer et pouvoir de destituer... Les attaques subies ces derniers temps par les sciences sociales notamment au Japon, en Suisse et en France (au titre qu’elles excuseraient le terrorisme en cherchant à en comprendre les causes), font donc aussi partie du danger auquel sont confrontés les droits humains. La violence n’est pas seulement là où on la montre...

1 Goffman, E. (1974). Les cadres de l’expérience (Frame Analysis). Traduction française d’I. Joseph, Paris : Minuit, coll. « Le sens commun », p. 19).

Photo : Catching.Light, flickr/creative commons

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