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Editorial, par Daniel Stoecklin, 18 février 2016

yemenLa guerre civile qui fait rage au Yémen est un conflit dont on ne parle pas ou trop peu. Selon l’UNICEF, environ 1,3 millions d’enfants de moins de 5 ans sont exposés au risque de malnutrition pouvant provoquer des troubles sévères au niveau physique et mental, jusqu’à l’issue fatale. Du fait de la guerre, l’accès aux soins est de plus en plus difficile. Selon Mohammed al Saadi, de l’UNICEF : « 192 centres dédiés au traitement de la malnutrition ont fermé à cause du manque d’essence ou du conflit incessant ou parce que les hôpitaux ont été frappés par des raids aériens ou attaqués par des factions armées ou parce que le personnel médical a été déplacé. »

Le conflit oppose le gouvernement du président Abd Rabo Mansour Hadi à des rebelles houthis. Depuis mars 2015, avec l’implication directe d’une coalition arabe dirigée par l’Arabie saoudite, le conflit a fait quelque 6.000 victimes, dont 747 enfants. Devant la gravité de la situation, l’ONU (UNICEF) et plusieurs ONGs (Human Rights Watch, Médecins sans frontières) tentent d’alarmer une opinion internationale occupée sur d’autres fronts. Il semble donc bien que le djihadisme, qui monte également en puissance au Yémen, ne reçoive pas la même attention selon qu’il frappe ici ou ailleurs.

Cela pose la question récurrente de l’éclairage médiatique et des intérêts géopolitiques qui cadrent l’information, et de la vulnérabilité des enfants face à cette double injustice : premières victimes de conflits pour lesquels ils ne sont pas responsables, ils sont encore victimes du silence de la communauté internationale face à leur situation qui n’émeut pas ou pas suffisamment... Que faut-il donc pour être une « bonne » victime ? Assurément pas seulement souffrir. Encore faut-il souffrir d’une certaine manière... Avoir dans son entourage des personnes qui peuvent aussi apparaître comme victimes, et pas comme de potentielles parties au conflit.

Le principe de non-discrimination (article 2 de la CDE), exige cependant que nul enfant ne soit discriminé en raison de la situation de ses parents. Cela est loin d’être le cas au Yémen. Plus largement, cette situation dramatique éclaire en retour l’importance accordée à l’entourage de l’enfant quand l’opinion publique se positionne par rapport à des abus dont les enfants sont victimes. L’attribution de mérites et de reproches faits aux adultes qui entourent les enfants (que ce soit par préjugés par rapport à une culture, ou à des responsabilités projetées plus qu’empiriquement vérifiées) constitue comme un mur invisible qui empêche les enfants victimes d’accéder à la reconnaissance de leur statut. Les enfants oubliés peuvent l’être non pas à cause d’un simple manque d’éclairage, mais aussi et surtout à cause de certains éclairages qui les font silencieusement passer dans l’ombre.

Photo :  Carl Waldmeier, flickr/certains droits réservés

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