PDA

Voir la version complète : Trafic et travail des enfants en Guinée (ACEEF)



ide
24/03/2005, 15h55
par Adodo Serge SOSSOU, Directeur Ecécutif de l'ONG ACEEF (Action contre l'Exploitation des Enfants et des Femmes)

PROBLEMATIQUE DU TRAFIC ET DU TRAVAIL DES ENFANTS EN REPUBLIQUE DE GUINEE : UN PHENOMENE QUI DEMANDE DES ACTIONS IMMEDIATES

REGARD DE L’ONG ACEEF.

Introduction
Le trafic et le travail des enfants est un phénomène qui sévit depuis plusieurs décennies à travers le monde.

Le gouvernement guinéen, conscient du danger que représente ce phénomène pour la nation, vise avec le concours des Institutions Internationales, des organisations non gouvernementales, des organisations de la société civile et d’autres partenaires à éradiquer ce fléau en ayant ratifié les conventions Internationales pertinentes en faveur des enfants, notamment la convention des Nations-Unies relatives au droit de l’enfant (CDE), la convention N°29 de L’OIT sur le travail forcé, les conventions N°182 et 138 de l’OIT respectivement sur les pires formes de travail des enfants et sur l’âge minimum d’admission à l’emploi, la charte africaine des droits et du bien être de l’enfant … mais aussi et surtout en adoptant des lois et règlements sur le plan interne pour le bien être des enfants.

Cependant, en dépit de cette volonté affichée des politiques et de leurs partenaires, des difficultés liées à cette pratique demeurent encore..
En effet, la pauvreté et la naïveté de certains parents, le déficit d’informations et surtout la persistance de certains esprits conservateurs de pratiques dites traditionnelles favorisent le travail des enfants surtout celui domestique.

En Guinée, la forme la plus marquée du trafic est celle qui se présente à l’intérieur des frontières nationales (confiage, placement) même si de plus en plus d’Enfants venus du Mali voisin se retrouvent comme domestiques dans les ménages de Conakry et dans des cités industrielles de Fria, Kamsar, Sangarédi,…

Ainsi, nombreux sont les Enfants confiés ou placés soit par leurs parents ou l’un d’eux , soit par leur Tuteur à une tierce personne en vue de tirer profit de l’enfant ou de son travail.

En Guinée, la famille apparaît comme un cadre propice à la poussée fulgurante de ce fléau.

Certains enfants sont au départ, confiés ou placés chez des oncles, Tantes ou homonymes afin de faire profiter à ceux-ci les avantages qu’offrent les villes notamment l’école ; mais l’objet de leur placement est rarement respecté et très vite, ils sont pris au piége et se retrouvent au marché ou dans les rues, comme vendeurs d’eau glacée, de bonbons ou encore comme domestiques pour les uns, tandis que d’autres sont exploités dans les plantations de café, de cacao, dans les îles et dans les mines et carrières ( Boké, kouroussa, macenta, n’zerekoré manéah, siguiri, banankoro, …) au profit de leur intérêt qui passe par une éducation de qualité.

Le caractère occulte de cette pratique fait que beaucoup de guinéens semblent ignorer l’ampleur inquiétante que prend le trafic et le travail des enfants en Guinée.

Ce phénomène a été au centre de nombreux débats et discussions entre les décideurs, les professionnels et autres acteurs concernés ; les points de vue qui se dégagent font apparaître l’ignorance ou la faible connaissance par la majorité de personnes de la réalité du trafic et de l’exploitation de l’enfant en Guinée et des ses ravages au sein de la société.

La plus part trouve normale que les enfants travaillent pour leurs oncles, tantes ou homonymes qui sont selon eux, dépositaires de la bénédiction et qui sont donc des personnes sacrées pour l’enfant ; alors qu’une très faible proportion trouve normal le travail de l’enfant, mais celui-ci doit être proportionnel à ses capacités et ne doit en aucun cas nuire à son instruction ou à son éducation .

C’est dans cette optique que l’ONG Action Contre l’Exploitation des Enfants et des Femmes (ACEEF), convaincue que ce phénomène exclut des milliers d’Enfants de la scolarisation et remet en cause les idéaux de justice dans le milieu du travail et le principe de plein emploi librement consenti, avait saisi l’opportunité que lui offrait la journée du 12 juin dernier consacrée à l’enfant pour faire la lumière sur la situation des enfants victimes de trafic et de travail en Guinée .

I-Situation des enfants victimes de trafic et de travail en Guinée
Nous mettrons l’accent sur les caractéristiques des types de travail (A) et sur les conditions de vie des enfants (B).

A) Caractéristiques des types de Travail
Ici, il s’agit d’examiner les types de travaux accomplis par l’enfant qui sont le travail domestique (A-1) et le travail dans les plantations, mines et carrières (A-2).

A-1 ) Le travail domestique .
Le plus grand nombre d’enfants au travail dans les ménages sont des filles âgées entre 8 et 17 ans ;

S’il n’y a pas d’activités standard, elles sont occupées à :
- Puiser l’eau, balayer les maisons, laver le linge, aller au marché, préparer ou aider à préparer les repas…
- Exercer des activités génératrices de revenus au nom et au compte de leur tuteur ou employeur ;
- Vendre de l’eau glacée, des bombons, des galettes ,le riz, attièké …

A-2) Les Enfants travailleurs dans les plantations ou dans les mines et carrières.

Appelés enfants ouvriers, leur travail se démarque systématiquement du travail des enfants domestiques dans les ménages ou foyers .

Si les enfants domestiques ci-dessus cités, sont les plus nombreux, les plus cachés et les plus inaccessibles, il est que les enfants travailleurs dans les plantations et mines sont exposés aux multiples dangers.

Le travail qu’accomplissent ces enfants, à majorité des jeunes garçons âgés entre 9 et 18 ans, est plus risqué et dangereux parce que s’effectuant dans un cadre de vie hostile à leur sécurité ce qui révèle des conditions de vie assez précaires .

B)Conditions de vie des Enfants

Si les types de travail que mènent ces enfants diffèrent, force est de constater que leur extrême vulnérabilité se traduit par des conditions de vie similaires à quelques exceptions prés.

En effet, ils sont en général, tous séparés de leur famille et sont sous l’entière dépendance de la famille de l’employeur ce qui fait qu’ils sont de plus en plus sujets à toutes formes d’exploitations.
Les privations de nourriture, les châtiments, les sévices corporels et moraux, les exploitations sexuelles que vivent ces enfants sont analogues à l’esclavage surtout que l’employeur exerce sur eux tous les attributs de la propriété .

Pour terminer, des mesures doivent être prises afin de pallier aux humiliations quotidiennes de ces enfants.

Conclusion
Malgré les nombreuses dispositions prises par les autorités et quelques organisations centrées sur l’enfance pour mettre fin au trafic et à l’exploitation de ces êtres vulnérables, il faut reconnaître que cette pratique persiste et continue à faire des victimes .

Ainsi, il est difficile de croire à une amélioration des conditions de vie de ceux-ci si d’avantages d’efforts ne sont pas consacrés à cette situation préoccupante.

En conséquence, il est urgent de mener une étude sérieuse et profonde sur ce phénomène en Guinée afin de mieux le cerner et identifier le nombre de victimes.

L’Etat doit pour sa part, adopter des lois et règlements prenant en compte les préoccupations des enfants, pour cela, il est indispensable de les associer aux différents travaux de réflexion et mener avec le concours des ONG, des campagnes de sensibilisation et d’information des parents, employeurs et les enfants eux- mêmes .

Pour terminer, il faudra proposer des mesures alternatives au travail des enfants, capitaliser les efforts et harmoniser les interventions des ONG en faveur des Enfants (adoptions d’autres lois nationales incriminant le phénomène et réprimant les auteurs, plaidoyer en terme d’approche Droit de l’enfant, renforcement des rencontres africaines sur la question avec convergence des actions,…

Adodo Serge SOSSOU