levgen
26/03/2010, 11h13
Le journaliste et romancier Pierre Cherruau tient un blog (http://dakarparis.blog.lemonde.fr/2010/03/26/senegal-barcelone-ou-la-mort/) sur le site du Monde : voici une évocation du quartier de Guet Ndar, île de Saint-Louis
Sénégal : "Barcelone ou la mort!"
Tout un symbole. Alors que je fais mes échauffements sur l’Ile de Saint Louis. A son extrémité sud, j’ai une superbe vue sur le quartier des pêcheurs de Guet Ndar, situé à quelques encablures de là. Je vois des centaines de pirogues peintes, alignées, comme des enfants sages en attendant la rentrée des classes. Mais les « pateras » (les pirogues) qui me font face ont des airs de défiance. A leur proue cinglent des drapeaux étrangers.
L’une fait claquer au vent les couleurs de la Catalogne, l’autre celles de l’Espagne. Derrière ce choix, il y a comme un défi. Une façon de dire, vous voyez nous sommes capables d’aller jusqu’en Espagne. Et c’est d’ailleurs là que nous irons un jour. Les jeunes candidats à l’émigration ont d’ailleurs popularisé l’expression : « Barça ou Barsak ! (Barcelone ou la mort) ».
Les pêcheurs à qui j’ai parlé la veille se sont vantés d’être à l’origine de l’immigration clandestine par voie maritime. « C’est à Saint-Louis que l’on trouve les meilleurs marins du Sénégal. Ce sont nos capitaines qui mènent les embarcations jusqu’en Espagne. Des hommes viennent de Dakar pour recruter nos marins. Quand les pirogues partent de Nouadhibou en Mauritanie à destination des Canaries, ce sont encore nos capitaines qui sont à la barre» confie Dame, sous le regard approbateur des autres pêcheurs.
L’un d’eux ajoute : « De toute façon, nous n’avons pas vraiment le choix, si nous voulons nourrir nos familles. Nous devons faire du transport d’immigrés. La pêche ne rapporte plus. Il y a de moins en moins de poisson sur les côtes sénégalaises. Les bateaux européens et asiatiques ont vidé l’océan. Et les Mauritaniens nous empêchent le plus souvent de pêcher dans leurs eaux territoriales ».
Avant de m’élancer, j’ai une pensée pour les pirogues. Les drapeaux grenat qui claquent au vent. Et puis, je pars. Un peu euphorique. Car c’est un temps idéal pour courir.
Un petit vent frais venu du large, de l’océan. Une température pas trop élevée. Rien à voir avec la touffeur de Louga. Les Français n’avaient pas choisi par hasard la ville de Saint Louis pour y installer leur capitale en Afrique occidentale. Construite sur une île entre fleuve Sénégal et océan, Saint Louis est l’une des cités où la température est la plus clémente en Afrique de l’ouest.
(...)
Source : Le Monde.fr (http://dakarparis.blog.lemonde.fr/2010/03/26/senegal-barcelone-ou-la-mort/)
Sénégal : "Barcelone ou la mort!"
Tout un symbole. Alors que je fais mes échauffements sur l’Ile de Saint Louis. A son extrémité sud, j’ai une superbe vue sur le quartier des pêcheurs de Guet Ndar, situé à quelques encablures de là. Je vois des centaines de pirogues peintes, alignées, comme des enfants sages en attendant la rentrée des classes. Mais les « pateras » (les pirogues) qui me font face ont des airs de défiance. A leur proue cinglent des drapeaux étrangers.
L’une fait claquer au vent les couleurs de la Catalogne, l’autre celles de l’Espagne. Derrière ce choix, il y a comme un défi. Une façon de dire, vous voyez nous sommes capables d’aller jusqu’en Espagne. Et c’est d’ailleurs là que nous irons un jour. Les jeunes candidats à l’émigration ont d’ailleurs popularisé l’expression : « Barça ou Barsak ! (Barcelone ou la mort) ».
Les pêcheurs à qui j’ai parlé la veille se sont vantés d’être à l’origine de l’immigration clandestine par voie maritime. « C’est à Saint-Louis que l’on trouve les meilleurs marins du Sénégal. Ce sont nos capitaines qui mènent les embarcations jusqu’en Espagne. Des hommes viennent de Dakar pour recruter nos marins. Quand les pirogues partent de Nouadhibou en Mauritanie à destination des Canaries, ce sont encore nos capitaines qui sont à la barre» confie Dame, sous le regard approbateur des autres pêcheurs.
L’un d’eux ajoute : « De toute façon, nous n’avons pas vraiment le choix, si nous voulons nourrir nos familles. Nous devons faire du transport d’immigrés. La pêche ne rapporte plus. Il y a de moins en moins de poisson sur les côtes sénégalaises. Les bateaux européens et asiatiques ont vidé l’océan. Et les Mauritaniens nous empêchent le plus souvent de pêcher dans leurs eaux territoriales ».
Avant de m’élancer, j’ai une pensée pour les pirogues. Les drapeaux grenat qui claquent au vent. Et puis, je pars. Un peu euphorique. Car c’est un temps idéal pour courir.
Un petit vent frais venu du large, de l’océan. Une température pas trop élevée. Rien à voir avec la touffeur de Louga. Les Français n’avaient pas choisi par hasard la ville de Saint Louis pour y installer leur capitale en Afrique occidentale. Construite sur une île entre fleuve Sénégal et océan, Saint Louis est l’une des cités où la température est la plus clémente en Afrique de l’ouest.
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Source : Le Monde.fr (http://dakarparis.blog.lemonde.fr/2010/03/26/senegal-barcelone-ou-la-mort/)