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Voir la version complète : Le Cinéma numérique ambulant pour lutter contre la traite des enfants



rodpat
07/09/2009, 15h57
Un mode de prévention fort intéressant relaté ici par M. Kofi Agegee. Merci à lui !

La traite des enfants est devenu un véritable sujet de préoccupation pour les gouvernants de nombreux pays en Afrique. Le Togo ne fait pas exception à la règle puisque chaque année plusieurs enfants togolais sont victimes de ce phénomène.

Qualifié «d’esclavage des temps modernes », la traite entraîne de lourdes conséquences aussi bien pour les victimes que pour les pays de départ des enfants.

Face à l’ampleur du phénomène et à sa complexité, les acteurs de la protection et de la promotion des droits de l’enfant ont compris, que seule la mise en commun des énergies peut réduire progressivement le phénomène et en arriver à bout. Et c’est dans le cadre des actions concertées, que l’office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et le ministère de l’action sociale, de la promotion de la femme, de la protection de l’enfant et des personnes âgées ont co-organisé une grande campagne de sensibilisations sur la traite des enfants au Togo. Cette campagne couplée de la vulgarisation de la loi relative à la traite des enfants au Togo, a choisi comme stratégie, la projection de films thématiques portant sur la traite des enfants et dans les localités situées le long des frontières.

« Protéger un enfant de la traite, c’est lui assurer un avenir ».

C’est le thème de la campagne de sensibilisation invitant les populations à prendre conscience des conséquences de la traite des enfants tout en les impliquant dans la lutte contre ce phénomène. Elément novateur de cette campagne, l’utilisation d’une stratégie nouvelle : le cinéma numérique ambulant, pour faire passer le message. Autres éléments d’importance, le choix des localités. Celles retenues sont situées le long des frontières des pays d’accueil des enfants victimes de la traite. Il s’agit de : Bassar et Kétao (dans la région de la Kara), Cinkassé et Gando (dans la région des Savanes), Balanka (dans la région centrale), Kolo-Kopé et Kougnowou (dans les Plateaux) et Hilakondji (dans la région maritime). Dans ces localités, pour pouvoir mobiliser les populations à venir écouter le message apporté, l’équipe de campagne à organisé des séances de projection en trois temps. Le premier temps est celui de la diffusion de musiques d’ambiance et de la projection de films comiques pour attirer la foule et détendre l’atmosphère. Le deuxième temps : Il est le plus important. Il est caractérisé par la projection d’un film thématique sur la traite de l’enfant, suivie de discussions avec l’assistance. Le film choisi est « Anna, Bazil et le trafiquant d’enfant ».. Ce film raconte l’histoire d’une jeune écolière, Anna, victime de la traite par la faute de ses parents naïfs qui l’ont confiée à un trafiquant sur la base de fausses promesses. Conduite en ville Anna sera « vendue » à une dame qui va l’employer comme « bonne à tout faire ». Frappée et malmenée tous les jours par la dame, elle sera finalement délivrée grâce à la vigilance de son camarade d’école Bazil. Ce deuxième temps est bouclé par des informations sur la loi relative à la traite des enfants au Togo votée en 2005 et la distribution de la version simplifiée de la loi. Objectif de cette dernière partie de ce 2ème temps, faire connaître cet instrument dont le contenu est méconnu par nos populations. Le troisième temps est celui de la détente. Il est caractérisé par la diffusion de films comiques.

Dans les neuf localités ciblées pour la campagne la mobilisation a été très forte et les soirées de projections ont été des moments de grandes animations et de grandes ambiances comparables à celles des fêtes. Dans certains villages presque toute la population du village (Balanka, Kolokopé, Kougnowou) s’est retrouvée sur la place publique du village. Et à la fin des projections, certains étaient toujours restés assis dans leur chaise espérant la projection d’un autre film.

La forte mobilisation dans les localités visitées (Bassar, Kétao, Cinkassé, Gando, Balanka, Kolo-kopé, Kougnowou et Hillacondji) révèle l’absence dans celles-ci de distractions, une des causes du départ de certains enfants à l’aventure.

Sous l’émotion, les parents ont promis ne plus envoyer leurs enfants au Nigéria pour travailler et ramener des tôles, des radios cassettes et surtout le vélo, objet de convoitise dans ces milieux. Selon les confidences de certains parents, ils ignoraient les conditions dans lesquelles leurs enfants vivaient dans ces pays où ils partent. Les enfants pour leur part ont promis qu’ils ne suivraient plus des parents venus de la ville et qui viennent raconter de belles histoires à leurs parents. Ces propos ont été tenus sur le vif et sous le coup de l’émotion. Ils sont positifs. Toutefois, pour un impact à long terme de ces projections, d’aucuns ont demandé que celles-ci ne soient pas seulement ponctuelles mais qu’elles se poursuivent surtout pendant les périodes de vacances où les enfants partent beaucoup pour le Nigéria, le Bénin et le Ghana.

La campagne de sensibilisation par le Cinéma numérique ambulant a également connu une forte mobilisation des médias tant publics que privés. Pour l’avenir : Vu l’engouement des communautés pour cette campagne et vu les conséquences du trafic des enfants dans les communautés visitées, c’est une activité à pérenniser avec une plus grande implication des médias et des journalistes avec l’organisation de discussions avant les projections et après les projections sur les médias. A cet effet il faudra renforcer les capacités des animateurs de ces discussions et des journalistes reporters à envoyer sur le terrain pour les comptes rendus fidèles des projections.