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rodpat
17/08/2009, 18h36
Merci à Martin Tossou de nous avoir transmis cet article de Didier Kassaraté, paru dans le Quotidien "Le Matinal" du 13 août 2009

Ils ont entre 8 et 13 ans. Et déjà à cet âge là, ils sont commerçants. Une activité bien dangereuse. Ses risques ne sont plus à démontrer : accidents, disparitions et pédophilie à l’affût.

Ce 22 juillet, 2009 sur le boulevard des armées à Cotonou. Une voiture s’arrête aux feux de signalisation de l’Unafrica. Fatima, une fillette d’à peine 9 ans qui vend de l’eau glacée à la criée avec d’autres filles de sa génération s’accroche sur le véhicule qui s’arrête avec un homme au volant. Les fillettes s’empressent pour lui tendre leurs articles. «Tonton, c’est moi qui suis arrivée la première», crie l’une d’entre elles «Tonton, elle ment, je suis arrivée avant elle», se défend la petite Fatima. L’automobiliste, avec un large sourire, engage une conversation, mais le feu passe au vert. Il démarre après avoir jeté une pièce d’argent vers les fillettes. Chacune d’elles se bat pour être la première à la ramasser. Fatima réussit à s’emparer de la pièce.

On assiste à cette scène au bord de toutes les grandes artères de la ville. Selon la petite Fatima, chaque jour, elle se lève, marche d’Akpakpa pour Ganhi à pied. Comme elle, nombreuses sont les mineurs qui se faufilent à longueur de journée entre les véhicules pour l’unique objectif : vendre les articles à eux confiés. « Je vends pour ma tante. Chaque jour, elle me remet des sachets d’eau à vendre », explique Fatima. La fillette soutient qu’elle fait en moyenne 500Fcfa de recette par jour. Alimath, elle aussi victime de ce phénomène vend des fruits à Zongo. Ce matin, elle ne veut rater la moindre occasion pour écouler sa marchandise. La vive allure à laquelle roulent les voitures ne la décourage pas. « Je dois liquider le maximum de fruits avant la tombée de la nuit », confit-elle. Assise près d’un étalage, dame Elise, vendeuse de cigarettes de pain sucré, surveille de temps à autre les enfants. Elle nous informe que les accidents sont fréquents à cet endroit. Il y a quelques mois, un gamin de 11 ans, vendeur de papier mouchoir, s’est retrouvé avec un pied cassé après avoir été renversé par un taxi. Venu de Malanville, selon l’option de son père, il envisage de devenir conducteur de camion. C’est donc en attendant d’avoir l’âge requis pour passer le permis, que son géniteur l’initie au commerce.

Exposées aux pédophiles

Ces enfants sans défense sont aussi des proies faciles pour les pédophiles, même si certaines personnes affirment n’avoir pas encore enregistré des exemples. Il faut craindre que sous le charme de certaines bonnes volontés, ces mineurs ne soient détournés vers d’autres fins. C’est peut-être ce qui a failli arriver à Rodrigue. Selon sa mère, Rodrigue est orphelin depuis l’âge de 13 ans. Ne pouvant pas assurer seule sa scolarité, elle lui coupe la scolarité. C’est ainsi que le garçon s’est transformé en commerçant de pop corn. Chaque jour, il se débrouille pour écouler sa marchandise. « L’an dernier, un monsieur dans une luxueuse voiture était venu acheter près de la moitié du produit de mon fils », relate la mère (elle-même vendeuse de pain). Au fil du temps, une confiance s’est installée entre ce client et la petite famille, au point où, il venait souvent chercher le gamin, qu’il ramenait plus tard, les bras chargés de cadeaux. « Mais en janvier dernier, il était venu le chercher comme à l’accoutumée. Une heure plus tard, il le ramène et me dit que mon fils est très impoli, qu’il avait décidé de nous aider mais Rodrigue s’est mal comporté », rapporte-t-elle. Depuis ce jour, aux dires de la dame, cet homme n’est plus jamais revenu et le garçon refuse de vendre. Notre tentative pour comprendre un tel revirement de comportement a été vaine.

La pauvreté comme prétexte

Les parents de ces enfants vendeurs évoquent toujours le manque de moyens financiers pour expliquer le phénomène. C’est le cas d’une fillette que nous remarquons, vendant du pain auprès d’une dame. Approchée, la dame confie : la fillette s’appelle Carine et est née à Abomey en 1999. En 2006, ses parents l’ont inscrite au Ci. En 2007, elle passe au Cp. Après un redoublement, son père ayant jugé qu’elle n’est pas faite pour les études et surtout par manque de moyens, décide de l’inscrire à l’apprentissage de couture. Elle fut donc confiée à un cousin de la famille à Sainte Rita à Cotonou. Un jour, par inadvertance, elle brûle le pagne d’une cliente avec un fer à repasser. Le cousin qui visiblement n’était pas content de son arrivée, la renvoie aussitôt. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée chez une tante à Vèdoko. Elle est depuis lors, vendeuse de pain au carrefour Toyota. Sa tante soutient que tous les enfants ne sont pas doués pour l’école. « Carine est faite pour le commerce. Depuis qu’elle vend avec moi, le pain finit vite et j’arrive à amortir nos difficultés à la maison », relate-elle. A la question de savoir pourquoi sa nièce travaille, elle se défend : «C’est dès le bas âge qu’on éduque les enfants. Si on ne l’habitue pas à vendre à cet âge là, elle deviendra paresseuse». Et la voisine d’enfoncer le clou : «Les gens pensent qu’on maltraite les enfants. C’est dans leur propre intérêt. Il y a des gens qui viennent se plaindre ici, mais nous leur disons que chacun est libre de donner l’éducation qu’il veut à son enfant». Pendant que nous étions en conversation, une voiture stationne à notre niveau. La fillette s’approche et sert le couple dans la voiture. Interrogé sur la condition de ces gamins, le conducteur dit ne pas voir d’inconvénient à se faire servir par la gamine. Pour lui, s’ils ne vont pas à l’école, c’est mieux qu’ils fassent quelque chose que de devenir des voyous.


Malheureusement, c’est ainsi que pense la majorité des gens, oubliant que ces gamins ont droit à l’éducation et l’instruction, au même titre que tous les enfants de leur âge.