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Voir la version complète : Rapport de l'Association Femme-Enfant-Environnement (AFEE)



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24/03/2005, 15h29
Par Ndyèe Seynabou Tall Wade, présidente tallwade@afee-sn.org

Situé à l’Ouest, le Sénégal est limité au Nord par la Mauritanie, à l’Est par le Mali, au Sud par la Guinée Bissau et la Guinée Conakry, à l’Ouest par l’ Océan Atlantique ; la République de Gambie constituant une enclave au Sud.

Le Sénégal a aussi la particularité de se trouver en zone sahélienne avec un climat tropical. La superficie de ce pays est de 196 722 km² pour une population de 10 000 000 d’habitants, dont plus de 50% de femmes et environ 48,1% d’enfants de moins de 15 ans. Le taux brut de scolarisation avoisine les 65% avec un indice de parité entre filles et garçons légèrement situé en dessous de 1 et qui devrait atteindre l’égalité, selon les prévisions gouvernementales, à partir de 2005, même si cet objectif peut paraître trop ambitieux.

Le Sénégal dont l’économie est dominée par l’agriculture, a connu dix années de sécheresse qui ont entraîné la dégradation du couvert végétal et la baisse des rendements des cultures d’où la détérioration des conditions de vie des populations.

Ainsi, est-il confronté, à l’instar de la plupart des pays africains, à de multiples difficultés qui sont aggravées par une conjoncture économique défavorable qui a abouti aux programmes d’ajustement structurel. Cela a entraîné la généralisation de la pauvreté due à l’analphabétisme, à la démographie galopante et à l’exode rural ; une telle situation a conduit le gouvernement mais aussi les milieux de la société civile à définir et asseoir une stratégie de sortie de crise qui s’est parfois traduite par la constitution de groupements au sein des populations. Cette stratégie a favorisé l’émergence de plusieurs Groupements de Promotion Féminine, initiateurs de projets productifs traduisant ainsi leur volonté et leur ambition de s’impliquer effectivement dans l’économie et le processus de développement du pays.

C’est pourquoi, l’Association Femme Enfant Environnement (AFEE) dont l’objectif est l’amélioration des conditions de vie de la femme et de l’enfant et la préservation de l’environnement, a décidé de s’investir pleinement dans la recherche de solutions susceptibles d’améliorer les conditions de vie des couches défavorisées, en ciblant particulièrement ces catégories que sont les femmes et les enfants. Pour ce faire, elle a choisi de centrer ses efforts sur la lutte contre la pauvreté, par la formation et l’éducation des enfants, par la mise en place de projets économiques au profit des femmes, la collecte de l’épargne et l’octroi de crédit, la préservation de l’environnement, la santé, l’hygiène et l’assainissement. Ses cibles que sont la femme et l’enfant, représentent, en effet, les couches les plus vulnérables dans les pays sous-développés, particulièrement en Afrique.

Le thème du séminaire :
«Trafic d’enfants : une fatalité ? De la réalité du terrain aux meilleures pratiques».

Ce thème qui est d’actualité devrait intéresser au plus haut point les défenseurs des Droits de l’Enfant.

Le trafic, par essence, renvoie aux notions d’illégalité et de clandestinité. Faut-il en déduire que tout trafic est illégal et clandestin ? je dirai non, car la prostitution et le travail des enfants, par exemple, sont des pratiques illégales, c’est-à-dire qu’elles se font en dehors de tout texte de loi les autorisant explicitement mais en même temps aussi, en dehors de toute démarche systématique de répression de la part de la puissance publique. Elle ne seraient donc pas des activités clandestines.

Qu’en est-il de la problématique de l’Adoption ?
Lors de la soirée du 23 Octobre 1999 organisée par l’Association Enfance et Famille d’Adoption des Hautes-Alpes, Mesdames Calvallari et Daynac dont AFEE salue l’engagement, ont traité plusieurs aspects de l’adoption à travers l’approche « voyage au pays d’origine… ». La lecture de ce document très intéressant a permis de faire un clin d’œil à « l’après-adoption » qui ne semble pas susciter de questions. L’adoption qui semble être l’arbre qui cache la forêt étant une pratique légale qui suit un processus juridique ne devrait pas empêcher le législateur à s’interroger sur « l’après-adoption » qui peut revêtir certaines formes qui ne disent pas leurs noms.

Il serait important de se poser ces quelques questions :
l’enfant adopté:
- est-il réellement entre les mains d’un couple désireux d’avoir un enfant ?
- est-il utilisé à des fins commerciales ?
- est-il soumis à l’esclavage ou à la servitude ?

En effet, ces interrogations sont légitimes quand on note l’absence de suivi des enfants par le juge qui a autorisé leur adoption.

Chaque défenseur des enfants doit savoir que dans la plupart des pays du monde la majorité est fixée à 18 ans. La Convention des Nations Unies relative aux Droits de l’Enfant et la Convention n° 182 du BIT sur les pires formes de travail des enfants font une discrimination positive à l’égard des filles et disent qu’elles considèrent ces dernières âgées de 16 et 17 ans comme des enfants.

Le Bénin et le Togo sont parmi les pays d’Afrique de l’Ouest où le trafic des enfants reste très inquiétant. En effet, dans le rapport sur le trafic des personnes au Togo, pays qui n’a aucune loi spécifique dans ce domaine et où le gouvernement n’a parrainé aucun programme, il est dit, je cite « le Président a reconnu publiquement que le trafic existe au Togo ». Même si le Sénégal fait partie des pays les moins touchés par ce phénomène dans la sous-région, le problème y demeure préoccupant. En effet dans l’article de Alexandra Schwartzbrod, sur les 250 millions d’enfants de 5 à 14 ans mis de force au travail dans le monde selon le BIT, un tiers de ce trafic se passe en Afrique. Selon le psychologue Serigne Lahbib Ndiaye, Président de l’Association sénégalaise pour le développement de la psychologie appliquée : « ils sont plus de 30 000 rien qu’à Dakar, capitale du Sénégal en provenance du Mali, du Burkina Faso ou des villes pauvres de l’intérieur du pays ».

Cela a amené AFFE pour qui l’épanouissement et le bien-être des enfants, sont des préoccupations fondamentales, à travailler dans la prévention en mettant en place, dès sa création, le programme «xamal xale yi» (éducation à la vie citoyenne), composé de 3 volets : (détails voir annexe).

- « Seddoo » (partage)
- « Yar » (éducation)
- « xam sa réew et xamle sa réew » (connaître son pays et faire connaître son pays), un volet civique.

AFEE qui a l’ambition, à travers ce programme de faire des enfants, « des adultes responsables de demain » œuvre pour la promotion des droits de l’enfant et aspire à ce que tous les enfants jouissent de leurs droits, particulièrement de leur droit à l’éducation. C’est pourquoi, elle s’est engagée dans le combat pour la scolarisation universelle et particulièrement pour celle des filles, d’où la lutte contre le trafic d’enfants.

En effet, ce combat difficile, certes, mais si utile doit nous amener à faire accepter aux parents que la place de l’enfant ne peut être ailleurs qu’à l’école. Ils doivent être conscients que l’enfant quelque soit son sexe, ne doit être, en aucune manière, considéré comme un «soutien de famille», ce qui l’amènerait à assumer précocement des responsabilités économiques trop lourdes, sans commune mesure avec son âge. L’enfant mis au monde a le droit à la survie de la part de ses parents. N’est ce pas Lamartine qui disait : « quand l’enfant apparaît, le cercle de famille applaudit à grands cris, son doux regard qui brille fait briller les yeux… » Pourquoi donc, cet être qui illumine toute une famille à son arrivée devrait-il poser problème, de telle sorte qu’il devienne le parent pauvre de cette famille pour ne pas dire une « marchandise » à commercialiser.

Trafic d’enfants : une fatalité ?…
Non, estimons-nous, pour notre part, car la fatalité est une force surnaturelle qui semble déterminer d’avance le cours des évènements. Or dans ce cas précis, la pratique est encouragée surtout par la pauvreté et l’analphabétisme. Elle est facilitée par la porosité des frontières qui devraient être mieux contrôlées et également soutenue par deux types d’acteurs. Le premier est composé d’acteurs actifs (trafiquants, rabatteurs, intermédiaires, parents et quelquefois enfant) ; et le second comprend exclusivement l’acteur passif qu’est l’enfant qui ne fait que subir sous la contrainte, la force, et l’ignorance, etc. . C’est cette ignorance qui fait que l’enfant accepte volontairement et sans méfiance de prêter son concours à des situations porteuses de graves dangers pour sa sécurité. Très souvent, les parents, victimes de la pauvreté et de l’ignorance, privilégient le travail des enfants ou carrément le trafic d’enfants au détriment de l’école sans en mesurer les conséquences néfastes sur le devenir de l’enfant.

De la réalité du terrain…
La convention C138 sur l’âge minimum, 1973 du BIT dit dans son article 2, paragraphe 3, je cite : « l’âge minimum spécifié conformément au paragraphe 1 du présent article ne devra pas être inférieur à l’âge auquel cesse la scolarité obligatoire, ni en tout cas à quinze ans ». Donc, l’enfant envoyé dans les grandes villes ou dans d’autres pays, à l’âge de 10 ans ou même moins, atterrit très souvent, dans un milieu hostile à son développement. Il est orienté vers des travaux ne correspondant pas à son statut d’enfant et dans des conditions très dures portant toujours atteinte à ses capacités cognitives. Les travaux portent très souvent sur les tâches domestiques, le travail dans les plantations et dans les carrières. Pire, il peut s’enfoncer dans la prostitution, la pédophilie, la vente de la drogue. Il peut même servir de chair à canons dans les multiples conflits armés qui freinent le développement du continent africain.

Quant aux meilleures pratiques, elles doivent tourner autour d’une meilleure connaissance des droits de l’enfant et de leur application réelle. Ces droits ne sont plus méconnus mais leur application fait défaut. C’est pourquoi, AFEE a fait de cet investissement pour ou sur l’enfant, peu importe, son credo en initiant le programme «Xamal xale yi » qui met l’accent sur la connaissance des droits des enfants par ces derniers et par leurs parents mais également sur l’acceptation de ces droits par les parents. Mais, serait-il bon que les enfants, nos enfants, les enfants du monde entier, « parents citoyens de demain » réclament des droits sans être conscients de leurs devoirs envers leurs parents, mais devoirs aussi envers leur propre société ? Ces futurs parents ignorant leurs devoirs seront toujours en quête de « droits » auprès de leurs enfants, et le problème restera entier. Il serait donc nécessaire de travailler sur les droits et les devoirs de l’enfant. Exemple : un enfant envoyé à l’école par ses parents jouit de son droit à l’éducation et doit réclamer son droit aux loisirs après avoir accompli son devoir lié au droit à l’éducation.

Pour les meilleures pratiques
1 Une politique de prévention qui met l’accent sur les droits de l’enfant devrait se décliner, à travers :
- le suivi de l’état civil et l’inscription à l’école
- la mise en place d’ateliers d’éveil et de loisirs (théâtre, travaux manuels, jeux de société, etc…)
- la mise en place d’espaces des tout petits dans les zones défavorisées
- l’appui en fournitures scolaires aux parents et aux écoles
- l’organisation de cérémonies de distribution de prix
- l’ouverture de centres d’éducation à la vie familiale
- la sensibilisation des parents et des enfants
- le suivi de la santé de l’enfant

2 L’élimination du trafic d’enfants, à travers :
- la mise en place de mécanismes de contrôle (création d’observatoires fonctionnels)
- l’application réelle et sans complaisance des instruments et textes existants (conventions, protocoles, lois, etc…)

3 Des mesures d’accompagnement, source de résultats probants :
- la mise en place de projets générateurs de revenus pour les populations
- la facilité de l’accès au crédit
- le renforcement des capacités des acteurs (parents, enfants, trafiquants, rabatteurs, intermédiaires et promoteurs, si possible) : information, formation et sensibilisation
- l’appui à l’éducation en général, car même si les parents sont partants pour la scolarisation des enfants, ils sont confrontés à des difficultés. Parmi celles-ci la question de la prise en charge des enfants qui terminent le cycle primaire dans les villages. La transition du milieu rural au milieu urbain est cruciale. Les parents sont confrontés aux difficultés financières et les enfants aux problèmes affectifs et d’encadrement. Il faut donc réfléchir sur ce problème déterminant pour l’avenir scolaire des enfants qui franchissent l’élémentaire dans les zones rurales. Sans aucun doute, la solution du problème est de mettre en place des centres d’accueil
- le suivi de « l’après-adoption » : une collaboration des juridictions des pays d’origine et d’accueil devrait permettre de suivre l’enfant jusqu’à sa majorité
- l’instauration du contrôle du passage des enfants aux frontières.


Fait à Dakar, le 29 Septembre 2004